Nous sommes le 16/11/2018 et il est 12h55 TU+2 - "L'Eglise attend de vous tous un puissant secours dans sa détresse" (Eugène de Mazenod, 1823)

Vœu de pauvreté
Pauvreté évangélique

(Session RCM - Yaoundé, 22-23 mars 2014 – jbmusumbi, omi)

Couvent RCM Yaoundé
Couvent des Religieuses Conceptionistes Missionnaires de l'Enseignement, Yaoundé

SOMMAIRE


I/ Le défi de la pauvreté

La pauvreté est l’un de grands défis de la vie consacrée soulignés par l’Exhortation apostolique post-synodale « Vita Consecrata » du pape Jean-Paul II.

(Numéro 89). Une autre provocation actuelle provient d'un matérialisme avide de possession, indifférent aux besoins et aux souffrances des plus faibles et même dépourvu de toute considération pour l'équilibre des ressources naturelles. La réponse de la vie consacrée se trouve dans la pauvreté évangélique, vécue sous différentes formes et souvent accompagnée d'un engagement actif dans la promotion de la solidarité et de la charité.

Combien d'Instituts se consacrent à l'éducation, à l'instruction et à la formation professionnelle, en rendant des jeunes et des moins jeunes capables de devenir les acteurs de leur avenir! Combien de personnes consacrées se dépensent sans mesurer leurs forces pour les plus humbles de la terre! Combien d'entre elles s'emploient à former de futurs éducateurs et de futurs responsables dans la vie sociale, pour qu'ils s'efforcent d'éliminer les structures d'oppression et de promouvoir des programmes de solidarité en faveur des pauvres! Elles combattent pour vaincre la faim et ses causes, elles animent les activités bénévoles et les organisations humanitaires, elles sensibilisent les organismes publics et privés pour favoriser une distribution équitable des aides internationales. Les nations doivent vraiment beaucoup à ces hommes et à ces femmes, acteurs entreprenants de la charité, qui, par leur générosité inlassable, ont contribué et contribuent encore notablement à l'humanisation du monde.

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II/ Pauvreté un combat contre la misère

Le Message du pape François pour le carême 2014 invite à combattre la misère. Lisons quelques extraits du Message. [Lire tout le message du Pape]

Je m’inspirerai de la formule de Saint Paul : « Vous connaissez en effet la générosité de notre Seigneur Jésus Christ : lui qui est riche, il est devenu pauvre à cause de vous, pour que vous deveniez riches par sa pauvreté » (2 Co 8, 9)…

Que nous disent-elles, ces paroles de saint Paul, à nous chrétiens d’aujourd’hui ? Que signifie, pour nous aujourd’hui, cette exhortation à la pauvreté, à une vie pauvre dans un sens évangélique ?...

La raison qui a poussé Jésus à se faire pauvre n’est pas la pauvreté en soi, mais, – dit saint Paul – [pour que] « …vous deveniez riches par sa pauvreté »…

Alors quelle est-elle cette pauvreté, grâce à laquelle Jésus nous délivre et nous rend riches ? C’est justement sa manière de nous aimer, de se faire proche de nous, tel le Bon Samaritain qui s’approche de l’homme laissé à moitié mort sur le bord de la route (cf. Lc 10, 25ss). Ce qui nous donne la vraie liberté, le vrai salut, le vrai bonheur, c’est son amour de compassion, de tendresse et de partage…

La pauvreté du Christ est la plus grande richesse : Jésus est riche de sa confiance sans limite envers le Père, de pouvoir compter sur Lui à tout moment, en cherchant toujours et seulement la volonté et la gloire du Père…

La richesse de Dieu ne peut nous rejoindre à travers notre richesse, mais toujours et seulement à travers notre pauvreté personnelle et communautaire, vivifiée par l’Esprit du Christ.

À l’exemple de notre Maître, nous les chrétiens, nous sommes appelés à regarder la misère de nos frères, à la toucher, à la prendre sur nous et à œuvrer concrètement pour la soulager. La misère ne coïncide pas avec la pauvreté ; la misère est la pauvreté sans confiance, sans solidarité, sans espérance. Nous pouvons distinguer trois types de misère : la misère matérielle, la misère morale et la misère spirituelle

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III/ Signification de la pauvreté religieuse

1/ Principales formes de pauvreté dans l'histoire de la vie religieuse

a) Quand tous étaient pauvres

La première réalisation pratique après le Christ se trouve dans la communauté primitive de Jérusalem. Elle consistait en une mise en commun des biens (Ac 2, 45; 4, 32. 34-35). C'était une riche expérience de charité non seulement envers ses membres mais aussi en­vers d'autres communautés. En outre, plus que pauvreté (dans le sens de manquer de biens), Jérusalem donne l'exemple de communion. Durant les trois premiers siècles, les chrétiens étaient pauvres socialement et évangéliquement. Cela a créé une grande solidarité qui a suscité l'admiration des païens.

b) Pauvreté comme protestation dans le monachisme primitif

Historiquement la pauvreté des premiers moines apparaît comme une protestation contre l'Église désormais bien insérée et acceptée dans le monde. À partir de la paix constantinienne, les moines sont des successeurs des martyrs chrétiens.

Avec l'Église à l'ombre du puissant impérial, la religion devenue officielle, la vie chrétienne sera relâchée parce que nombreux vont en re­ligion sans maturité. Nombreux sont des baptisés plutôt que des convertis. Être chrétien signifie entrer dans la classe influente de la société. Alors beaucoup de chrétiens consciencieux ne se retrouvent plus. Ils s'enfuient dans le désert à la recherche de la ferveur qui n'est plus possible dans la société. Quelles sont les caractéristiques de leur pauvreté ?L'anachorétisme et le cénobitisme : le travail était signe de pavreté.

c) Vers l'enrichissement

Le monachisme est donc né comme une protestation et une fuite du monde devenu trop accueillant. Le monachisme oriental conservera cette attitude jusqu'à nos jours. En Occident, au contraire, on passera peu à peu de la protestation au dialogue avec le monde et la société. Saint Benoît réformera le mona­chisme et la société; au moyen de la stabilité il libère le monachisme d'une plaie : oisiveté vagabonde de beaucoup de moines de son temps.

Dans la Règle bénédictine on trouve le passé recueilli, discerné et codifié (rien ne s'y trouve qui n'a pas encore été dit sur la pauvreté). Même le bénédictin doit commencer par l'abandon de tout ce qu'il possède (RB 58). Pauvreté, c'est de­meurer complètement impuissant devant le Seigneur. Par conséquent, on ne peut rien posséder sans la permission de l'Abbé (RB 33, 54).

Pour Benoît aussi, le travail est la meilleur arme (contrepoison) contre tous les dangers qui portent atteinte à la paix et à la fraternité (RB 48). Ainsi la vie du moine doit rouler autour de ce double axe : le travail et la prière (ora et labora). Le fruit du travail servira au soutien du monastère et au partage avec les nécessiteux. Peu à peu le monastère devient riche économiquement avec ses terres et les moines abandonnent le travail laissant travailler leurs serviteurs. C'est la décadence du monachisme médiéval.
d) La réaction mendiante

Vers l'an 1000, l'Église se trouve en décadence et provoque la réforme grégorienne. La décadence suscite des critiques, des mouvements et des hérésies. À la base de la contestation se trouve l'exigence de retour à la pauvreté évangélique. Naissent alors des hommes et des femmes qui vivent la pauvreté par retour à la communauté primitive, pas pour le partage fraternel des biens mais une "pauvreté itiné­rante" de Jésus et des apôtres. Il s'agit d'un idéal de pauvreté absolue face à une Église riche. C'est dans ce contexte qu'apparaissent les grands ordres mendiants. Les deux grands fondateurs sont saint Dominique (1170-1221), pauvreté dominicaine, et saint François d'Assise (1182-1226), pauvreté franciscaine.

e) Avoir pour donner

Avec l'humanisme du XIV-XVe siècle, la pauvreté religieuse entre en crise avec beaucoup de critiques des humanistes. Cela s'explique par le fait qu'à cette époque l'intérêt n'est plus la pauvreté mais l'obéis­sance suscité par le centralisme de l'Église, la papauté. La pauvreté évangélique est réduite à la pauvreté spirituelle. Les découvertes scientifiques et géographiques suscitent des besoins matériels.

Avec l'industrialisation naissent des associations caritatives. Dans ce contexte il faut comprendre "la nouvelle réponse de la pauvreté de la vie religieuse, une pauvreté qui prétend remplacer l'énergie de l'État au niveau du bien-être et de l'éducation. La grande nouveauté de la nouvelle forme de VR commencée au XVIe s. consiste justement dans son caractère particulier des clercs réguliers. Liés à leur Institut les clercs réguliers vont se donner pour l'Église et le monde.

La pratique de la pauvreté est considérée sous un double aspect : pauvreté personnelle et pauvreté de l'Institut. L'exemple type est la compagnie de Jésus. Au sujet de la pauvreté collective dans les Instituts religieux modernes, pendant que des religieux comme individus sont réel­lement pauvres, l'Institut est devenu peu à peu riche et économiquement fort. Les chrétiens donnaient beaucoup (offrandes) pour l'apostolat.

Les congrégations modernes à commencer par les Clercs réguliers avancèrent en accumulant des richesses. La Révolution française (1789) obligea beaucoup à réformer leur idéal de pauvreté. Vers la fin du XVIIIe s. jusqu'à la moitié du XXe surgissent des congrégations dédiées à l'enseignement et à la charité hospitalière, surtout parmi les plus pauvres. Mais les Instituts se sont donnés volontairement au service des riches dans le but de soutenir leur apostolat, afin de mieux servir les pauvres. Recevoir des riches afin de mieux servir gratuitement les pauvres.

2/ Signification théologique de la pauvreté religieuse

a) La pauvreté est donation au Christ, l'unique nécessaire

(Constitutions RCM, p. 30-31 : Jésus-Christ, notre richesse - Travail et confiance en la Providence) :

« La pauvreté évangélique nous porte à reconnaître qu’être créature signifie ne rien posséder, recevoir continuellement, comprendre que même la capacité de recevoir est don de Dieu … […] pauvreté à l’exemple de Jésus-Christ nous demande de mener une pauvreté par action et en esprit, une vie sobre et détachée des richesses terrestres, avec dépendance et limitation dans l’usage et les dispositions des biens ». [...]« Un aspect essentiel de la pauvreté consiste à assumer le travail avec responsabilité et liberté, comme un moyen de subsistance et de transformation du monde ». p. 31.

La pauvreté reconnue par Vatican II comme signe de la sequela Christi (PC 13a) est d'abord une question d'être que d'avoir. En effet, la pauvreté est avant tout une attitude de l'esprit (Mt 5, 3), un choix fondamental suscité par le contact avec le contenu de la foi. Du point de vue chrétien, cela signifie accueillir le Christ, se revêtir du Christ (Ga 3, 27), avoir les mêmes sentiments que lui (Ph 2, 5). On se met dans une attitude de donation et dépendance à Dieu, d'abandon et confiance inconditionnelle dans ses mains (Mt 6, 25-34) : pour moi, le Christ est l'unique bien nécessaire (cf. Lc 10, 42). Telle est la dimension christologique de la pauvreté. La pauvreté religieuse devient un apostolat, un service offert à tous; la vie du religieux devient un "service critique", un appel vers la transcendance.

b) La pauvreté est une disponibilité totale en faveur du Règne

La mission est une manière de vivre la pauvreté (dimension ecclésiale de la pauvreté). Le religieux se sent appelé par l'Esprit à suivre le Christ (PC 13a) dans une vie de particulière disponibilité à Dieu et au service des frères. L'attitude pratique de service et la pauvreté externe ne sont qu'une conséquence de cette réalité interne de disponibilité. Le religieux se dépouille de tout par imitation du Christ (Ph 2, 7).

Dans cette optique, la vie religieuse devient un état de disponibilité, de service, de gratuité;  un continuel appel à vivre en exode s'appuyant sur l'espérance théologale. Telle est la dimension eschatologique de la pauvreté. Fermeture aux biens temporels pour s'ouvrir à Dieu et aux frères : dimension fondamentale de la pauvreté évangélique.

Ainsi, la pauvreté religieuse devient, en outre, source de libération pour le religieux et pour les autres hommes. La pauvreté est en fait un "se rendre libre-de pour être libre-pour". C'est une libération pour mieux aimer. La chose essentielle de notre pauvreté externe, c'est que notre personne est un bien pour les autres (disponibilité).

Tout cela signifie qu'à la base de la pauvreté se trouvent la foi et la charité. La pauvreté est témoignage de foi (Dieu est l'unique nécessaire) et un témoignage de charité (chrétien particulièrement disponible). Ainsi le religieux devient-il expert de communion. En somme, disponibilité et liberté-pour sont à la base des trois conseils évangéliques.

c) La pauvreté est communication des biens

La pauvreté religieuse doit exprimer et protéger la communion communautaire. Si les membres ne mettaient pas en commun les biens matériels et spirituels la communauté cesserait d'être telle (aspect théologal). Cette communication des biens a une signification humaine et théologique. En tant que groupe de per­sonnes ayant besoin de ressources tant matérielles que spirituelles, la communauté doit faire que ces ressources soient en commun, une sorte d'économie unifiée. La mise en commun des biens est un effet et un signe de la communion spirituelle. Pauvreté, c'est aussi accueillir le coeur de l'autre, avec ses qualités et limites, savoir recevoir.

Cet esprit de pauvreté, disponibilité, détachement et communication des biens doit avoir un autre effet évangélique, celui de se sentir proche des hommes, càd aux autres religieux, à la communauté chrétienne, au monde, aux pauvres (PC 13a). Il faut une communication des biens qui ne ferme pas sur soi, mais qui ouvre à d'autres communautés ou Instituts suivant les caractéristiques de chacun. Il s'agit de se sentir effectivement à côté des nécessiteux, les aidant à se libérer : évangélisation et promotion humaine.

IV/ Fidélité à la pauvreté religieuse comme chance de la vie religieuse africaine

(Cf. Religeiux africain de l’an 2000. Problèmes et urgences, Baobab, 1994)

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Questions d’approfondissement

*Première question d'approfondissement:
Dans son Message pour le Carême 2014, le pape François invite toutes les personnes de bonne volonté à donner un bon témoignage de pauvreté évangélique en combattant la misère morale. (Cf. Texte du pape).
Dans le contexte qui est le nôtre aujourd’hui, comment les RCM vivent-elles concrètement cette recommandation du pape François ?

*Deuxième question d'approfondissement:
« Nous [RCM] vivons la pauvreté comme un don, pour lequel nous acceptons d’avancer vers un dépouillement progressif pour le Royaume, avec dépendance, disponibilité et limitation dans l’usage des biens » (Constitutions RCM, p. 19).
Dans le contexte actuel de l’Afrique, votre terre de mission, quels sont les impacts (positifs et négatifs) de votre style de vie pauvre sur les hommes et les femmes d’aujourd’hui ?

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