Nous sommes le 17/07/2018 et il est 04h11 TU+2 - "L'Eglise attend de vous tous un puissant secours dans sa détresse" (Eugène de Mazenod, 1823)

Oblats, un signe d'immense espérance à l'âge de la mondialisation
Une méditation spirituelle

(jb musumbi)


Introduction

Cette méditation que je propose repose le problème de l'identité de la vie consacrée oblate, en Afrique comme ailleurs. Elle se veut être un regard spirituel sur le projet «Faire naître une immense Espérance» en vue du 34e Chapitre général des Oblats de Marie Immaculée (septembre 2004.) Je voudrais approfondir la réflexion amorcée dans la plaquette Religieux africain de l'an 2000[1] en m'interrogeant précisément sur le sens profond de la mission aujourd'hui.

Dans l'Église, la vie consacrée est "un don précieux et nécessaire pour le présent et pour l'avenir du Peuple de Dieu, parce qu'elle appartient de manière intime à sa vie, à sa sainteté et à sa mission" (VC 3.) De cet état de vie, en effet, le peuple de Dieu qui est en Afrique, dans un contexte trouble et parfois ambigu qui est le sien, attend que les personnes consacrées soient avant tout des hommes de Dieu, remplis de l'esprit de foi, capables de fournir de nouvelles raisons d'espérer à ceux et celles dont la vie n'a plus de sens; ou encore des personnes ouvertes à la libération des opprimés de la société.

Or, «la Congrégation se consacre principalement à l’évangélisation des pauvres.»[2] Plus que jamais la société a besoin de véritables signes et symboles pour le monde, visibles et reconnus comme tels dans l'Église, capables de marcher à contre-courant en dénonçant le mal et en annonçant la Vérité, bref des prophètes (cf. VC 84.) Cette noble tâche engage les personnes consacrées non seulement dans leur rapport avec le monde extérieur mais aussi et surtout dans leurs relations internes. En ce sens, elles deviennent des signes d'espérance tant pour l'Église que pour le monde. Homme et femme, même combat.

Ainsi, le projet "Faire naître une immense Espérance" se présente à nous comme une mise "en état de marche": la marche vers le progrès ou l'amélioration, vers plus de justice et de paix, vers une conversion continue, bref la marche vers la sainteté, conformément à la recommandation de Jésus-Christ: "Vous donc, vous serez parfaits comme votre Père céleste est parfait" (Matthieu 5:48.) Certes, la vie consacrée est une voie de sainteté, comme le suggère le Pape Jean-Paul II aux jeunes: «Entretenez en vous les aspirations de votre âge, mais adhérez sans tarder au projet de Dieu sur vous, s’il vous invite à chercher la sainteté dans la vie consacrée» (VC 106.)

En effet, la sainteté demeure un défi depuis la naissance des OMI. Au Chapitre général de 1980, le Père Fernand Jetté le soulignait en ces termes: "Le premier prophétisme d'une famille religieuse, si missionnaire qu'elle soit, sera toujours celui de la qualité de son être et de la sainteté de ses membres. L'Eglise a besoin de notre action, elle a encore plus besoin de notre sainteté."[3] Et le Père Marcello Zago dans la Lettre qu'il adressa en 1991 aux Oblats d'Europe:

Aujourd'hui plus que jamais le Seigneur nous interpelle dans notre être et non seulement dans notre agir. Les besoins de salut de l'humanité d'aujourd'hui nous présentent non seulement de nouveaux défis missionnaires, mais demande la sainteté et un nouveau style de vie au niveau personnel et communautaire (…)Dans l'aujourd'hui du monde sécularisé, c'est la qualité de l'être personnel qui fait de nous des missionnaires authentiques, des témoins de la Transcendance et des guides spirituels.[4]

Ce souci de nos deux anciens supérieurs généraux rejoint parfaitement la préoccupation du Père Fondateur, saint Eugène de Mazenod, quand il dit dans la préface de nos CC RR: «Que doivent faire à leur tour les hommes qui veulent marcher sur les traces de Jésus Christ, leur divin Maître, pour lui reconquérir tant d’âmes qui ont secoué son joug? Ils doivent travailler sérieusement à devenir des saints...» Chose certaine, à l’âge de la mondialisation, notre mission est avant tout une mission spirituelle. "La mission, en effet, avant de se caractériser par les oeuvres extérieures, consiste à rendre présent au monde le Christ lui-même par le témoignage personnel" (VC 72.) Une façon d'être que d'agir.

Le Souverain Pontife nous aide à percevoir l’urgence missionnaire dans le contexte qui est le nôtre aujourd’hui.

Notre monde, dans lequel les traces de Dieu semblent souvent perdues de vue, éprouve l’urgent besoin d’un témoignage prophétique fort de la part des personnes consacrées. Ce témoignage portera d’abord sur l’affirmation du primat de Dieu et des biens à venir, telle qu’elle se révèle dans la sequela Christi et dans l’imitation du Christ chaste, pauvre et obéissant, totalement consacré à la gloire de son Père et à l’amour de ses frères et de ses sœurs (VC, 85.)

Dans ce sens, le jubilé de l’an 2000 que nous avons célébré dans la foi, l’année sainte voulue par l’Eglise était un appel au changement en vue de l’efficacité missionnaire.

Afin de metre en lumière les exigences de la mission oblate en tant que vocation à la sainteté dans l’aujourd’hui du monde et de l’Eglise, notre meditation suivra un itinéraire de six points.

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I. Compréhension terminologique

I.1. Un signe

D'après le Vocabulaire de Théologie Biblique, on appelle signe "ce qui, par rapport naturel ou par convention, fait connaître la pensée ou la volonté d’une personne, l’existence ou la vérité d’une chose.”[5] En d’autres termes, un signe est une réalité sensible qui renvoie à une autre réalité.

Auprès de qui la voit ou l'approche, la personne consacrée signifie une grande réalité de foi. Elle vit en vérité les engagements de la vie consacrée lorsque son style de vie correspond aux valeurs professées dans les vœux de religion et qu’elle fait sa part dans la mise en oeuvre du projet missionnaire de son Institut. Le questionnement suscité dans le cœur de ceux et celles qui l'entourent est un véritable regard vers la source de toute vie et de toute vocation chrétienne. Néanmoins toute réponse à ce questionnement devient obscure et même impossible quand on ne sait pas de qui la personne consacrée est réellement signe et en quoi consiste son témoignage.

I.2. Vertu de l’espérance

Parler de l'espérance, c'est dire la place que tient l'avenir dans la vie consacrée du peuple de Dieu, un avenir de bonheur auquel sont appelés tous les hommes (1 Tm 2, 4). Ce sont la confiance en Dieu et en sa fidélité, la foi en ses promesses, qui garantissent la réalité de cet avenir (cf. Hébreux 11:1) et qui permettent au moins d'en deviner les merveilles. Il est dès lors possible au croyant de désirer cet avenir ou, plus précisément, de l'espérer.

En effet, la participation à cet avenir indubitable reste problématique, car elle dépend d'un amour fidèle et patient qui est une exigence difficile pour une liberté pécheresse. Le croyant ne peut donc absolument pas se fier à lui-même pour atteindre à cet avenir. Il ne peut que l'espérer, dans la confiance, du Dieu en qui il croit et qui peut seul rendre sa liberté capable d'aimer. C'est enracinée ainsi dans la foi et dans la confiance que l'espérance peut se déployer vers l'avenir et soulever de son dynamisme toute la vie du croyant.[6]

Ainsi, l'espérance apparaît comme l'une des attitudes fondamentales de l'homme biblique. Dans l'existence chrétienne la priorité appartient à la foi, mais l'essentiel est d'espérer. Sans la connaissance que l'on a du Christ par la foi, l'espérance deviendrait une utopie purement imaginaire.[7] Mais sans l'espérance, la foi se délite en devenant tiède et morte. Par la foi l'homme trouve le chemin de la vraie vie, mais l'espérance seule l'y maintient. C'est pourquoi la foi au Christ permet à l'espérance de devenir certitude; et l'espérance donne tout son horizon à la foi, et la mène à la vie. L'espérance est donc la véritable dimension de la foi; c'est la foi en marche vers son objet, un Dieu Seigneur du futur. C'est la vertu de l'homme en chemin vers la vie éternelle et qui, durant ce chemin, expérimente les difficultés de la vie et le risque de ne pas atteindre le terme désiré.[8] En d'autres termes: l'espérance se développe en confiance dans la grâce de Dieu qui doit nous permettre de surmonter tous les obstacles.

Dans l’actuelle situation africaine, la vertu d'espérance devient plus significative quand, face aux affrontements fratricides et meurtriers, face aux multiples souffrances et devant l'avenir parfois incertain, nous avons tendance à baisser les bras par découragement. C'est en fait là que la personne consacrée doit devenir un signe d'espérance par son engagement concret dans l'Église, sa capacité de créer l'amour et d'inventer de nouvelles façons de vivre. La vie n'est pas que fatalité. Elle est aussi et surtout bonté de Dieu.

Certes, le projet oblat «faire naître une immense espérance» nous invite entre autres à aider chaque membre de communauté oblate à concentrer son regard sur les aspects les plus significatifs de la société et l’Eglise. Deux situations me paraissent préoccupantes: la jeunesse et les sectes religieuses ou mieux la nouvelle religiosité.

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II. Réponse aux besoins du monde

II.1. Le monde en général

Dans la vie de l’Eglise, il y a trois façons d’être missionnaire, à savoir: la suite du Christ, la profession des conseils évangéliques et la réponse aux besoins du monde. Mgr Henri GOUDREAULT[9] nous aide à saisir l’exigence de notre vocation dans le monde d’aujourd’hui.

Le monde moderne, par ses éléments positifs (le souci de la dimension communautaire, des relations personnelles, du partage de responsabilités et des biens, du travail en équipe, de la prière, de la simplicité de vie) et par ses déficiences (anonymat des grandes villes, égoïsme des nantis, misère croissante des pauvres, division des classes, violence institutionnalisée, angoisse et désespoir), fait appel aux éléments les plus profonds du message évangélique et réclame des gestes de fraternité, de partage, de justice, de compréhension, de réconciliation, d’espérance que peut et doit fournir la vie religieuse authentique.

Notre monde d’aujourd’hui est un monde tiraillé et éclaté par la violence, un monde de sans-voix, un monde d’efficacité et du rendement, un monde dont les changements font douter de la vertu de fidélité, un monde à la fois assoiffé et indifférent, un monde qui dévalue la vie, bref un monde globalisé (la mondialisation), D’une manière simple, souligne le Card. Francis George[10],

la mondialisation est comme une extension et une compression simultanées du temps et de l’espace. D’un côté, la mondialisation a relié des gens et des lieux du monde entier d’une manière jusqu’ici inconnue de l’humanité. D’un autre côté, ces mêmes connexions ont créé une densité de relations pouvant devenir envahissantes et même opprimantes pour la communauté humaine. L’ordinateur fournit une image de cette extension et de cette compression: Internet et la toile mondiale (Web) représentent cet état d’interconnexion étendue du monde, la puce informatique, où l’information et comprimée dans un tout petit espace, nous donne une image de ce que le monde est devenu.

En effet, la vie chrétienne doit témoigner du sens de la vie, de la cohésion et de l’unité, être experte en communion. Par leur façon de traiter les malades et les personnes âgées, les chrétiens doivent témoigner que la personne est aimée pour elle-même et qu’elle vaut beaucoup plus que ce qu’elle peut ou ne peut pas produire. Et face à ce monde qui met en question les institutions les plus fondamentales et les plus sacrées (la famille, la vie religieuse, le sacerdoce, l’Eglise), chaque religieux doit témoigner de la permanence des réalités qui ne passent pas, vivre sa foi en profondeur et témoigner du respect absolu de la vie comme don de Dieu et comme droit inaliénable de la personne.

II.2. Le monde africain

La situation de notre terre de mission qu’est l’Afrique nous paraît angoissante. Il suffit de lire certains ouvrages pour s’en convaincre, en l’occurrence: L’Afrique malade d’elle-même du malien Tidiane Diakité[11], et L’Afrique va-t-elle mourir? du pasteur congolais Ka Mana.[12]

Thomas Mbaye dans son article «Le nouveau contexte social, économique, politique et religieux de l’Afrique. Défi pour la nouvelle évangélisation»[13] présente cette Afrique dans sa double facette. Positivement,

l’Afrique demeure un continent privilégié. Il est encore riche en ressources et dotée d’un potentiel humain. C’est l’Afrique d’hospitalité, l’Afrique des églises florissantes avec de millions de baptisés au cours des cérémonies grandioses. L’Afrique des fêtes et de joie. Des diocèses et leurs paroisses assument des lieux privilégiés de l’unité et de la communion dans les diversités culturelles et linguistiques; des écoles de la diaconie et des foyers de charité; des écoles d’approfondissement de la foi et de ressourcement spirituel et missionnaire.

Négativement,

l’Afrique est confrontée à des problèmes alarmants: une urbanisation incontrôlée, la pauvreté et l’analphabétisme s’accentuent. Un système de bien-être social de quelques catégories conduit à l’aliénation et à la violence sur la majorité des populations. Guerres, famines, maladies élisent domicile sur le sol africain. Augmentation des inégalités sociales, incessantes atteintes à la dignité humaine d’un nombre grandissant de personnes…[14]

Thomas Mbaye dénonce, en outre, plusieurs faits: le tribalisme, la corruption, la course à l’armement, la paupérisation, le joug monétaire, l’ambiguïté de la vie chrétienne. «Que faire? Que dire?», s’interroge-t-il. Il s’ensuit que les défis pour la nouvelle évangélisation sont nombreux en Afrique. «Le combat pour la justice, l’engagement politique, l’engagement en vue d’une solidarité universelle, la solidarité avec les pauvres, l’option préférentielle pour les opprimés,» telle doit être notre mission prophétique dans l’aujourd’hui de l’Afrique.

La jeunesse, cette tranche d’âge devrait être la priorité de notre apostolat, comme le voulut si bien Eugène de Mazenod.

Lorsque, de retour à Aix, l'évêque de Metz, alors administrateur du diocèse, me demanda ce que je voulais faire, il n'y eut pas un cheveu de ma tête qui songeât à se prévaloir de ma position sociale pour laisser entrevoir des prétentions que tout le monde à cette époque eût trouvées raisonnables… Je répondis donc à l'évêque de Metz que toute mon ambition était de me consacrer au service des pauvres et de l'enfance. (Eugène de Mazenod – Journal du 31 mars 1839.) Je fis mes premières armes dans les prisons et mon apprentissage consista à m'entourer de jeunes que j'instruisais. (Eugène de Mazenod – Journal du 31 mars 1839.)[15]

En effet, l'apostolat chrétien n'a de sens que dans la logique de l'option préférentielle pour les pauvres.[16] Or, les pauvres en Afrique aujourd'hui, ce sont aussi et surtout les jeunes de nos sociétés, parfois abandonnés à leur triste sort, comme l'ont si bien révélé les enquêtes menées par le Père salésien Frank Ginneberge à Lubumbashi.[17]

Certes, les personnes consacrées “ont l’impératif de comprendre leur vœu de pauvreté comme exigence de la justice sociale et de la libération.”[18] Ce qui fut l’engagement de Jésus au milieu de son peuple aux multiples barrières humaines. Elles doivent témoigner d’un regard christique, c’est-à-dire un regard qui aime (Mc 10, 21), qui prend en pitié (Jn 3, 5; Jn 2, 1-12), qui corrige (Jn 2, 14-16) et qui libère (Lc 13, 10-17).

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III. Vocation, une mission spirituelle

III.1. Un choix libre et responsable

«Recevez donc tous ceux que le bon Dieu nous envoie. Cela ne veut pas dire que vous les receviez sans examen. Au contraire appliquez-vous à bien discerner les motifs qui les amènent, à peser leurs vertus et à juger de la suffisance de leur talent.» (Eugène De Mazenod, Lettre 12/8/1847.)

La vocation signifie réponse de l’homme à l’appel de Dieu. Elle doit être en accord avec le charisme du fondateur.[19] Celle intérieure se vérifie par l’esprit de foi, l’engagement d’amour et l’esprit de mortification. Somme toute, la vocation chrétienne est un appel à la sainteté (VC 106). En faire un choix responsable suppose une connaissance adéquate de ce qu’on choisit, la foi et une solide expérience de Dieu.

III.2. Quelques conditions de base (Luc 24:13s)

L'épisode des disciples d'Emmaüs nous aide à comprendre l'itinéraire vers un choix vocationnel libre et responsable, le désir croissant de Dieu surtout dès le noviciat. Contentons-nous d’indiquer quelques conditions de base.

Autant d’éléments qui permettent surtout aux jeunes en formation de découvrir réellement leur vocation et leur mission dans l’Eglise, une mission avant tout spirituelle car il s’agit d’être témoin du Christ ressuscité.

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IV. Quelques attentes de l'Eglise

IV.1. Témoins authentiques du Christ

L’Eglise attend que les personnes consacrées soient des témoins authentiques du Christ. Le concept de consécration que la Constitution dogmatique Lumen Gentium utilise dans le sens de «donation intégrale de soi», se comprend mieux dans son lien avec celui de témoin. Or, “témoigner, c’est attester la réalité d’un fait, en donnant à son affirmation toute la solennité qu’exigent les circonstances.”[21] Dans le christianisme le témoin atteste par sa vie que le Christ est venu et il est ressuscité.

Au sens biblique, en effet, le témoin

Aussi vivre en témoin authentique du Christ aujourd’hui signifie-t-il, entre autres, que les religieux vivent pleinement leur offrande à Dieu et qu’ils soient des cœurs purifiés qui ‘voient’ Dieu, qu’ils témoignent de la manière toujours plus belle de la grâce qui transfigure l’existence chrétienne et qu’ils donnent tout à Celui en qui ils ont mis leur foi, qu’ils montrent aux jeunes qui viennent à eux ce qu’ils ne voient pas ailleurs et aux hommes de notre temps la joie qu’ils ressentent en étant avec le Seigneur. Bref, l’Eglise attend que les personnes consacrées, aînés et jeunes, vivent la fidélité à leur engagement envers Dieu, en s’édifiant et en se soutenant mutuellement, qu’elles disent non seulement qu’elles sont du Christ, mais qu’elles sont ‘devenues le Christ’, et qu’elles fassent de leur vie une attente fervente du Christ commes des vierges sages, toujours prêtes, fidèles au Christ, à l’Eglise, à leur Institut et à l’homme de notre temps (cf. VC 109, 110.)

IV.2. Signes efficaces d’espérance

Présenter la vie consacrée comme un signe d'espérance pour le monde et pour l'Église d’aujourd’hui, c'est aller à la source même de notre vocation. A la lumière de Marc 8:34, avouons que la vocation à la vie consacrée suppose les éléments suivants:

  1. Renoncement – Croix – Suite;
  2. Foi – Espérance – Charité;
  3. Obéissance – Pauvreté - Chasteté.

En d'autres termes, la vie consacrée est un appel à être des signes efficaces du Christ toujours Vivant, de l'Église dynamique et de la vie chrétienne authentique. «Tendre vers la sainteté, voilà en bref le programme de toute vie consacrée, également dans la perspective de son renouveau au seuil du troisième millénaire. Le point de départ de ce programme se trouve dans le fait de tout quitter pour le Christ.» (VC, 93)

a) Signe du Christ toujours Vivant

Le baptisé qu’est la personne consacrée doit impérativement imiter trois traces du Christ si elle veut demeurer un signe efficace de sa présence permanente dans le monde. Il nous suffit ici de rappeler l’enseignement du Concile Vatican II relatif à la nature même de l’état de consécration.

* D’abord la personne consacrée doit être le reflet de la sainteté du Christ. Appelée à marcher à la suite du Christ, la personne consacrée manifeste l’effort de sainteté, suivant la recommandation du Christ (Matthieu 5:48), dans la profession des conseils évangéliques de chasteté, de pauvreté et d’obéissance. Par ces vœux, la vie consacrée "imite plus fidèlement et sans cesse représente dans l’Église le genre de vie que le Fils de Dieu a embrassé, quand il est venu dans le monde pour faire la volonté du Père, et qu’il a lui-même proposé aux disciples qui l’accompagnaient” (LG 44c.)

Les personnes consacrées réactualisent la vérité de la chasteté du Christ, de sa pauvreté et de son obéissance dans l'Église. Ce qui ne signifie nullement “une négation des valeurs inhérentes à la sexualité, au désir légitime de posséder et de décider de sa vie de manière indépendante” (VC 87.) Ceux et celles qui acceptent ce genre de vie au contraire deviennent libres et plus ouverts à Dieu et au monde.

En effet, seul l'amour peut justifier le célibat en vue du Royaume. "A cause de moi et à cause de l'Évangile" (Mc 10, 29.) L'amour du Christ et au Christ est le motif fondamental de la chasteté. C’est là son seul et unique espace de justification authentique, espace qui en constitue en même temps le fondement ultime. Ce qui laisse croire que le principal danger pour le célibat est le fait d'éteindre l'amour de Dieu et des frères dans le cœur de la personne consacrée.

* Puis la personne consacrée est le reflet de l’activité caritative du Christ. Les personnes consacrées font aussi preuve de l’amour du Christ dans le présent de notre monde. En effet, l’amour de Dieu et du prochain est l’essence de la vie consacrée. Grâce aux personnes consacrées l’Église manifeste le Christ soulageant les souffrances du monde, annonçant le Royaume, guérissant les blessés et nourrissant les affamés. Les vœux de religion les aidant à purifier le cœur et la liberté spirituelle éveillent la ferveur de la charité (LG 46.) Leur amour sans réserve ne se réalise qu’après avoir découvert de manière lucide l’amour de Dieu pour les hommes.

* Enfin la personne consacrée doit être le reflet de la grâce transformante. Elle est appelée à manifester la puissance de la grâce divine. “Ainsi, la profession des conseils évangéliques apparaît-elle comme un signe qui peut et doit inciter efficacement tous les membres de l’Église à l’accomplissement joyeux des devoirs inhérents à leur vocation chrétienne.” Les personnes consacrées sont pour tous les chrétiens des exemples suggestifs et transformateurs de vie. Leur vie spirituelle bien vécue fait grandir leur communauté chrétienne.

b) Signe de l'Église dynamique

L'Église étant fondamentalement communion, les personnes consacrées sont au milieu du monde une manifestation de cette unité ecclésiale, ou mieux de l'Église dans sa double charité, envers Dieu et envers le prochain. Voilà pourquoi la vie consacrée ne se comprend mieux que dans son rapport intime avec sa gardienne, l'Église.

Épouse du Christ, l'Église est en effet instrument de l'amour et du salut que Jésus apporte au monde. Poussée par la charité elle s'engage pour le salut du monde. A cette mission de l'Église “envoyée” participent intensément les personnes consacrées en vertu de leur donation particulière. Par la vie communautaire fraternelle et apostolique elles manifestent avant tout que l'Église est mystère d'amour. Les personnes consacrées mettent tout en oeuvre pour vivre leur unité de charité en entretenant des relations interpersonnelles profondes, dans la réciprocité d'amour motivé par un amour plus radical, celui pour le Christ.

En ce sens, la communauté de vie consacrée s'offre à l'Église comme un lieu qui témoigne de la koinônia évangélique historique, pense Fabio Ciardi. En elle le monde peut retrouver le sens de la personne et le désir de relations authentiques, de communion et d'unité.[22] Par conséquent, les hommes d'aujourd'hui devraient rencontrer dans les personnes consacrées d'authentiques “experts” en communion ecclésiale. Les divisions entre les membres sont inacceptables. Ainsi seront-elles toujours le reflet de l’Église dynamique, ouverte aux attentes du peuple de Dieu et à la réponse aux signes des temps.

c) Signe de la vie chrétienne authentique

Les personnes consacrées veulent être une expression particulièrement intense de la vocation commune, celle baptismale. Il ne s'agit pas d'un super baptême duquel sortirait un super chrétien qu’on appellerait “personne consacrée”. Mais être personne consacrée, c’est répondre pleinement aux exigences de son baptême et de sa confirmation. Or, les chrétiens authentiques sont ceux que le désir de perfection habite. La vie consacrée doit être une réalité prophétique qui annonce et anticipe le banquet céleste (cf. Mt 22, 1-13), une anticipation de la communion trinitaire à laquelle tous sont conviés par l’Auteur de la vie.

En même temps qu’elles signifient à tous les chrétiens que le Christ est vivant, qu’ils doivent l’aimer et s’aimer mutuellement, les personnes consacrées doivent dire, par leur style de vie, qu’ils sont perpétuellement en marche vers la pleine possession de la Jérusalem d'en haut.[23] Tout l’effort de leur vie ne devrait consister qu’à cultiver les vertus qui facilitent le progrès spirituel. Ainsi peuvent-elles guider spirituellement les autres chrétiens désireux de s’éloigner des “âmes médiocres”, comme le dit si admirablement Thérèse d’Avila, d’éviter le cercle de médiocrité.

Certes, la vie chrétienne des personnes consacrées devient authentique dans la mesure où elles vivent réellement leur consécration à la lumière de l’Évangile. C’est un constat de première évidence. Notre société a certainement besoin de personnes consacrées “sincères, exigeantes envers elles-mêmes, capables de se constituer en signes purs et forts”. Elle voudrait surtout voir des personnes consacrées respectueuses et généreuses, capables d’accueillir l’autre dans sa liberté et sa différence, bref des hommes et des femmes aimés de Dieu et convertis. "A ceci tous vous reconnaîtront pour mes disciples: à l’amour que vous aurez les uns pour les autres”, dit Jésus à ses disciples (Jean 13:35.) Là réside le secret de l’inculturation de la vie consacrée en Afrique. Seul l’amour brise toute barrière et permet ce qui est bien. Tel est le sens profond de notre identité religieuse et missionnaire, une mission avant tout spirituelle: «rendre le Christ lui-même présent au monde.»

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V. Communauté source de fidélité

V.1. Lieu de formation

Maison générale OMILe document du 33e Chapitre général des Oblats de Marie Immaculée présente la communauté comme un don que Dieu nous fait, une bonne nouvelle pour l’Eglise et le monde, une mission pour les Oblats, un lieu de croissance intégrale, à condition de se construire sur le Christ et que la prière imprègne sa vie, qu’il y ait partage de la foi et de la vie, un style de vie simple conformément aux vœux de religion, la vie de pardon et de réconciliation.[24] En m’inspirant essentiellement de ces orientations, voici comment je conçois la communauté religieuse.

a) Une communauté chrétienne authentique: elle sous-entend les trois effets du baptême: unir au Christ, insérer dans l’Eglise et faire participer activement à la mission de l’Eglise. Cela suppose la foi, l’espérance (joie) et la charité. Car la vie spirituelle provient de Dieu; elle est reçue dans la foi et se manifeste dans l’amour et dans la joie. Et la vie spirituelle est “un itinéraire de fidélité croissante, où la personne consacrée est conduite par l’Esprit et configurée par lui au Christ, en pleine communion d’amour et de service dans l’Eglise” (VC 93.) Et par spiritualité, disons-le de manière simple, on entend la totalité de l’existence d’une personne en tant que dynamisée par l’Esprit de Jésus. Sous cet angle, la foi est la racine et la condition de la vie spirituelle (Hébreux 11, 1.6).

b) Cadre par excellence du radicalisme évangélique: renoncement à soi, le portement de la croix et la sequela christi (Marc 8:34).

c) Lieu caractérisé par “l’être-ensemble” au nom de Jésus-Christ: d’où l’engagement par les vœux d’obéissance, de pauvreté et de chasteté. Ceci n’est possible que pour qui se sent appelé ou qui a réellement la vocation. Or la vocation interne (réponse de l’homme à l’appel de Dieu), répétons-le, se vérifie par ce triple aspect: l’esprit de foi, l’engagement d’amour et l’esprit de sacrifice.

d) D’inspiration évangélique. “Qu’ils soient un comme Toi, Père, Tu es en moi… pour que le monde croie que tu m’as envoyé” (Jean 17:21). Les religieux appelés par Dieu à suivre le Christ dans ses exigences évangéliques, par la consécration religieuse, s’engagent dans leur don total à Dieu, à une imitation plus radicale du Christ, à vivre pour Lui et pour son corps qu’est l’Eglise. La profession religieuse, expression la plus totale de la consécration baptismale, est leur réponse à l’amour du Christ. Leur fidélité à cette consécration entraînera les croyants à vivre les exigences de leur vocation chrétienne et à désirer les biens du ciel. Raison pour laquelle leur communauté doit se distinguer par la fraternité, l’accueil, la communication, l’amitié, le dialogue, l’égalité, la mobilité.

e) Lieu de communion fraternelle. Depuis Vatican II, grâce à la découverte de la personne au sein de la communauté et de la réalité du monde, la communauté religieuse est passée de la communauté d’observances ou communauté uniformité à la communauté de communion, une dimension plus évangélique. Désormais, la communauté de communion est celle caractérisée par l’authenticité des rapports humains, les partages de la foi (prière, eucharistie…)[25] En effet, “le climat de charité fraternelle engendre la sincérité, l’ouverture, la confiance, le sens de l’amitié, le sens de responsabilité”.

Et, puisque l’Eglise est essentiellement communion, les religieux veulent être une réalisation particulièrement intense de l’Eglise.[26] Dans ce sens, la communauté religieuse est un signe particulièrement intense et permanent de cette communion ecclésiale, basée sur la Trinité. Aussi devient-elle, d’après Fabio Ciardi, un signe d’espérance pour l’Eglise et pour le monde, une tâche et un engagement pour les religieux.[27] Voilà pourquoi Jean Vanier affirme qu’ “une communauté n’est une communauté que quand la majorité des membres est en train de faire le passage de la ‘communauté pour moi’ à ‘moi pour la communauté’.”[28]

V.2. Quelques conditions de la charité

V.3. Quelques causes d’incompréhension

Trois causes d’illusion méritent d’être mentionnées. La première, c’est que certains religieux pensent que la communauté est un endroit de sécurité. D’où la recherche acharnée d’une protection éphémère qui ne cultive que l’irresponsabilité. La seconde, c’est que d’autres pensent que la communauté est une réponse aux intérêts personnels. D’où la course parfois aux biens matériels pour soi ou pour sa famille. La troisième, enfin, c’est que d’autres encore croient que la communauté est un collectif d’uniformité et de nivellement. D’où l’obsession de se comparer aux autres, qui n’engendre que jalousie, inquiétude, complexes.

Trois problèmes troublent également la vie communautaire. Tout d’abord la différence culturelle. Très souvent, le fait d’appartenir à différents groupes culturels ayant chacun sa façon de penser, d’agir et de concevoir les choses complique les rapports interpersonnels. Ensuite, l’agressivité. Ceux qui ne se sentent pas acceptés dans la communauté tendent à tout contester, ce qui est signe de personnalité non équilibrée totalement et de profonde insatisfaction devant la fonction à exercer. Et, enfin, la conflictualité. Les différences sociales et les différences des générations excitent souvent les membres d’une communauté à s’opposer les uns aux autres.

Un constat évident, les jeunes de nos sociétés actuelles sont en relations conflictuelles avec leurs parents et leurs aînés. La modernité et la perte des croyances traditionnelles en Afrique ont suscité la crise de l’autorité. En effet, “les jeunes se trouvent à l’étroit dans les anciens cadres qui freinent ou bloquent leur désir d’épanouissement.”[31] Aussi accusent-il le passé d’être cause des malheurs du présent. Voilà qui explique la tendance au refus de l’autorité.

Il convient de signaler, en outre, qu’il existe des conflits “sans cause” dans nos communautés. Ces conflits, souvent produits de l’aigreur, sont fréquents là où il y a des religieux à problèmes. L’ouverture faisant défaut, il est difficile d’y envisager un quelconque remède. A quoi est dû ce genre d’attitude? A plusieurs facteurs dont voici les plus importants: le manque du regard de foi (conversion), de motivation surnaturelle, de sincérité, le sentiment de non-appartenance, bref le manque de maturité humaine.

Au sujet de la maturité, on sait que le diagnostic de la maturité psychologique est une opération extrêmement complexe. Mentionnons néanmoins quelques traits caractéristiques: la capacité de s’adapter à des conditions diverses et à des responsabilités déterminées, dans le contexte social où l’on se trouve; la capacité de coopérer avec ses semblables et de se soumettre aux plans d’une autorité, dans le milieu familial et social; la capacité de se spécialiser, et donc d’avoir confiance en ses propres ressources dans un champ d’action déterminé; la capacité d’affronter de façon réaliste les problèmes de la vie par un contrôle approprié de ses propres impulsions.[32] Avec F. Redl et D. Wineman ajoutons à tout cela la tolérance de la frustration et de l’ambiguïté des situations, l’acceptation du passé, la capacité d’attendre, la prise de conscience, etc.

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VI. Quelques défis missionnaires

* Evangélisation avec puissance. Aux disciples Jésus a donné le mandat d'évangélisation. Pour Matthieu et Marc, l'évangélisation signifie "annoncer au monde l'Évangile." «Allez par le monde entier, proclamez l’Evangile à toutes les créatures» (Marc 16, 15); «Allez donc: de toutes les nations faites des disciples, les baptisant au nom du Père, et du Fils et du Saint-Esprit» (Matthieu 28:19.) Pour Luc, au contraire, l’évangélisation signifie "être témoin du Christ." «Vous serez alors mes disciples à Jérusalem, dans toutes la Judée et la Samarie, et jusqu’aux extrémités de la terre» (Actes 1:8.) Deux significations complémentaires. En effet, comment peut-on évangéliser sans témoigner? Et comment témoigner sans éprouver le besoin d'annoncer la Bonne Nouvelle?

* Evangéliser par le témoignage. La vie de la personne consacrée doit être une évangélisation en acte. Tous doivent comprendre qu'elle témoigne du Christ, annonce le Christ par sa vie, parle comme le Christ, aime comme lui et agit comme lui. Ceux qui rencontrent la personne consacrée doivent découvrir le Christ. Elle est "un autre Christ".

* Témoigner par l'Évangélisation. La personne consacrée doit évangéliser en témoignant. Il faut savoir rendre compte de sa propre espérance. «Soyez toujours prêts à justifier votre espérance devant ceux qui vous en demandent compte» (1 Pierre 3:15.) De fait, comment la personne consacrée peut-elle avoir fait l'expérience du Christ sans sentir le besoin de la communiquer? On pourrait la mettre en doute.

* Évangéliser avec puissance. L'évangélisation-témoignage n'est pas une action humaine, mais un mouvement de l'Esprit de Dieu. Aussi la puissance évangélisatrice est-elle directement proportionnelle à la sainteté de la personne consacrée. Intéressante est la définition que donne une athéé. «Une sainte, dit-elle, c’est quelqu’un qui sait ce qu’elle doit faire pendant toute sa vie sur ordre de son dieu.»[33] La puissance est proportionnelle à son témoignage de vie, à sa prière, à sa disponibilité au sacrifice et à la souffrance, ainsi qu'à la capacité de communion fraternelle. Bref, la puissance est proportionnelle à notre participation à la mission prophétique du Christ. Mais cela ne suffit pas. Elle est encore conditionnée par plusieurs autres facteurs: la culture, la préparation pédagogique, la capacité de dialogue, la capacité d'adaptation aux personnes et aux situations, l'expérience, le caractère de la personne consacrée, etc. Toutefois, ces facteurs ne valent rien sans la mouvance de l'Esprit Saint qui conduit l'Église.

Aujourd’hui plus que jamais, le Seigneur Jésus a besoin de prêtres, de religieux, comme dit Gaston Courtois,

qui soient des professionnels du spirituel et non des fonctionnaires ou des fanfarons…; des prêtres et des religieux doux, bienveillants, patients, ayant avant tout l’esprit de service et ne confondant jamais l’autorité avec l’autoritarisme; en un mot, des prêtres profondément aimants, ne cherchant qu’une seule chose, n’ayant qu’un seul but: que l’amour soit davantage aimé.[34]

Il s’ensuit que beaucoup de failles dans la vocation religieuse s’expliquent par l’immaturité des sujets. Malheureusement, les éducateurs restent plus attentifs à la culture intellectuelle des sujets qu’à la formation proprement affective. Voilà pourquoi, il convient, d’accorder de l’importance aux vertus humaines (psychologiques et morales) et à la maturation des membres. Entendons par vertu (virtus), “la disposition constante qui porte à faire le bien et à éviter le mal.” Ou mieux,

la vertu propose une éthique de la construction de soi. Elle humanise l’homme en faisant de lui un être harmonieux. Elle lui donne de conquérir une pleine liberté d’autonomie contre les servitudes, les automatismes et les déterminismes extérieurs à sa volonté. Elle l’affermit dans son vrai bien. Elle l’ordonne à sa fin, Dieu.[35]

Ma conviction est qu’on ne peut pas être chrétien et religieux authentique si l’on n’est pas homme complet. Contentons-nous d’énumérer quelques-unes de ces vertus qui favorisent la croissance de l’homme au sein de sa communauté: réflexion, intuition et compréhension; prudence et contrôle de soi; loyauté, respect et confiance; courage et patience; sincérité, ouverture et confidence; accueil, écoute et discrétion, simplicité et sens de responsabilité; magnanimité et amour oblatif; douceur, beau trait et sourire. Autant de vertus humaines capables de nous aider à faire de nos communautés un ‘paradis sur terre’, comme aimait le dire saint Eugène de Mazenod. Ainsi, accepter de s’évangéliser en communauté, c’est épouser la logique du changement vers la sainteté.

Un autre défi majeur, c’est celui que mentionne le Card. Francis George dans le contexte de ce monde globalisé. Face à cette situation, la mission de l’Eglise est double: l’Eglise doit proclamer et défendre la personne humaine, sa dignité, et elle doit créer une culture de vie. Telle est aussi la mission oblate aujourd’hui, si nous voulons réellement être des signes d’immense espérance pour notre monde et pour l’Eglise.

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Conclusion

En somme, comme le dit Lumen Gentium, la vocation consacrée "consiste à se donner plus radicalement à Dieu et au service des frères grâce aux conseils évangéliques de façon à devenir un signe" (n° 44). Tous doivent comprendre que la personne consacrée, qui s'engage par vocation, témoigne du Christ, l'annonce par sa vie, agit comme lui, bref, elle est un autre Christ. Loin de déchoir, elle déploie un effort constant pour rendre toujours plus effective la mort au péché et la vie pour Dieu (cf. Romains 6:12s.)

Aussi la personne consacrée, dans l'aujourd'hui de l'Afrique, doit-elle continuer à annoncer la Bonne Nouvelle de Jésus-Christ dans la simplicité de son être et la sincérité de son coeur à l'exemple des missionnaires d'hier, qui arrivaient l’Évangile à la main et le charisme en poche. Face aux vicissitudes de la vie, aux épreuves de tout genre, elle ne doit pas se lasser d'imiter le Christ et les vertus des Apôtres telles l’humilité, l’ouverture, le don de soi, le res-pect de l’autre, l’abnégation, l’altruisme, le sacrifice.

Fidèles à leur vocation d'être mémoire de la première communauté chrétienne (retour aux sources), les personnes consacrées ou mieux les Oblats de Marie Immaculée doivent avoir le courage de réprimer les penchants mauvais qui détruisent l'unité de vie, la communion ecclésiale; le courage de se libérer de leur égoïsme pour s'attacher au Christ, l'unique néces-saire. C'est en cela que s'exprime leur mission d'être des signes d'immense espérance pour l'Église et pour le monde. Il n’est un secret pour personne, les chrétiens d'aujourd'hui com-prennent très vite si nous sommes des hommes de Dieu ou des commerçants, si nous sommes pour eux ou pour nous-mêmes. De la qualité de notre consécration et de notre tra-vail dépend leur jugement sur nous.

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Notes:

[1] MUSUMBI J.B., Religieux africain de l'an 2000. Problèmes et urgences, Kinshasa, Baobab, 1994.

[2] Cf. CC RR, Décret Prot. n. M. 29-1/80, p. 9.

[3] Cf. Dictionnaires des valeurs oblates, p. 786.

[4] Cf. Dictionnaires des valeurs oblates, p. 786.

[5] “Signe”, in Vocabulaire de théologie biblique, 6e éd., Paris, Cerf, 1988, col. 1230.

[6] Cf. Vocabulaire de théologie biblique, 6e éd., Paris, Cerf, col. 381.

[7] Cf. PIANA G., "Espérance", in Dictionnaire de Vie Spirituelle, Paris, Cerf, 1987, p. 331.

[8] Cf. BERNARD C. A., Traité de théologie spirituelle, Paris, Cerf, 1986, p. 137.

[9] «Consécration et mission aujourd’hui: interrogations, réponses et contributions spécifiques", in OMNIS TERRA, N° 350, février-mars 1999, p. 79-93.

[10] "Les défis de la mondialisation pour la mission de l'Eglise" (Discours au 1er Congrès missionnaire américain), in Documentation OMI, N° 234, mai 2000.

[11] Paris, Karthala, 1986.

[12] Paris, Cerf, 1991.

[13] In Annales de l'Ecole Théologique Saint-Cyprien, Yaoundé, n° 6, 2000, p. 153s.

[14] MBAYE Thomas, ibidem.

[15] Textes cités par Bernard Dullier, "Eugène de Mazenod et les jeunes", in Documentation OMI n° 247, juillet 2002.

[16] Dans l'histoire de la spiritualité chrétienne, l'expression "vie apostolique" n'exprime rien d'autre que le désir de vivre à la manière des Apôtres. L'apostolat (apostolos, apôtre) se comprend comme toute activité du Corps Mystique qui tend vers ce but (cf. AA, 2).

[17] "Les jeunes africains en quête de leur identité", in Mbegu n° 27, Lubumbashi 1987.

[18] KAYIBA P. et MUZUMANGA F., Femme blessée, femme libératrice dans l’Église-Famille, Kinshasa, Baobab, 1995, p. 28.

[19] MUSUMBI J.B., Aspirant(e)s à la vie religieuse. Sur les traces d’Eugène de Mazenod, Kinshasa, Baobab, 1995.

[20] Voir SAINT-ARNAUD J.-G., Quitte ton pays. L’aventure de la vie spirituelle, Montréal, Médiaspaul 2001.

[21] “Témoignage”, in Vocabulaire de théologie biblique, 6e éd., Paris, Cerf, 1988, col. 1261.

[22] Cf. CIARDI F., "La communauté religieuse, signe d'espérance", in Vie Oblate Life, (s.d.), F 161-172.

[23] Cf. AUBRY J., Teologia della vita religiosa, 2a Ediz., Torino, EDC, 1988, p. 77-90.

[24] Evangéliser les pauvres à l’aube du troisième millénaire. Actes du 33e Chapitre général, 1998, n. 27-28.

[25] Cf. de COUESNONGLE V., “Communauté de vie”, in DVSp, Paris, Cerf, 1987, p. 152-161.

[26] Cf. de MARTINI Nicola, Qualcuno mi ha chiamto, 3a ediz., Leumann (Torino), Elle Di Ci, 1990, p. 211-233.

[27] Cf. CIARDI F., “La communauté religieuse , signe d’espérance”, in Vie Oblate Life, F161-162.

[28] VANIER Jean, La communauté, lieu du pardon et de la fête, Paris, Fleurus, 1979, p. 11.

[29] Cf. de COUESNONGLE V., Op. cit.

[30] Cf. BERNARD C.-André, Op. Cit., p. 402-403.

[31] de MEESTER Paul, L’Eglise d’Afrique hier et aujourd’hui, Kinshasa, St Paul Afrique, 1980, 182. Voir “Les jeunes africains en quête de leur identité”, in Mbegu n. 27, Lubumbashi, 1987.

[32] Cf. ZAVALLONI R., “Maturité spirituelle”, in DVSp., p. 662s.

[33] Cathérine Clément, "Une athée qui cherche à comprendre", in La Vie, n° 2824, 10 mai 2000, p. 62.

[34] COURTOIS Gaston, Quand le Seigneur parle au cœur, Paris, 3` éd., Médiaspaul, 1995, p. 219.

[35] BRUGUES J.-Louis, Dictionnaire de Morale Catholique, Chambray, C.L.D., 1996, p. 467-8.

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