Nous sommes le 19/09/2018 et il est 12h48 TU+2 - "L'Eglise attend de vous tous un puissant secours dans sa détresse" (Eugène de Mazenod, 1823)

"Manières renouvelées de bâtir la communauté pour la mission"

Partage Assemblée Filles du Saint-Esprit – Maroua/Cameroun 10.11.2012 - jb musumbi, omi


Religieuses Filles du Saint Esprit Maroua

Introduction

« Frères, moi qui suis en prison à cause du Seigneur, je vous encourage à suivre fidèlement l’appel que vous avez reçu de Dieu : ayez beaucoup d’humilité, de douceur et de patience, supportez-vous les uns les autres avec amour ; ayez à cœur de garder l’unité dans l’Esprit par le lien de la paix. » (Ephésiens 4:1-4)

Préalable

Conscient de cette finalité, je me penchesur ce thème librement choisi : « Manières renouvelées de bâtir la communauté pour la mission. »

Source du thème

En parcourant le document contenant les Orientations du Chapitre général 2008 de la Congrégation des Filles du Saint-Esprit, je me suis arrêté à une définition descriptive de la communauté.
« La communauté est :

A la fin de cette précieuse définition, le message capitulaire affirme avec force ce qui retient le plus mon attention : "Entrer dans cette dynamique nous conduira à des manières renouvelées de bâtir la communauté pour la mission"[1]. Telle est la source du thème de mon partage en vue de cette Assemblée.

Mission

Or, la mission, précise Jean-Paul II, « avant de se caractériser par les œuvres extérieures, consiste à rendre présent au monde le Christ lui-même par le témoignage personnel » (Vita Consecrata 72). Voilà pourquoi le même document affirme que  « la vie consacrée a spécialement pour mission de rendre témoignage au Christ par la vie, par les œuvres et par la parole. » (Vita Consecrata 109). C’est dire combien la manière la plus efficace de bâtir la communauté pour la mission est la conversion profonde de chaque membre.

Conversion

Sans la conversion permanente, l’action missionnaire serait stérile, sans efficacité ou mieux ne produirait aucun fruit. « …c’est moi qui vous ai choisis et institués pour que vous alliez, que vous produisiez du fruit et que votre fruit demeure », dit Jésus à ses disciples (Jean 15, 16).

Entendons par “conversion” le retournement (changement brusque d’attitude) comme dit Madeleine Delbrêl. Selon le père Lallemant, auteur Jésuite du XVIIe siècle dont la « Doctrine Spirituelle » est bien connue de toutes les Filles du Saint-Esprit[2], il arrive ordinairement deux conversions à la plupart de ceux et celles qui se rendent parfaits : l’une par laquelle ils se dévouent au service de Dieu, l’autre par laquelle ils se donnent entièrement à la perfection.

En Spiritualité chrétienne on parle aussi de trois types de conversion :

Où en sommes-nous ? A chacune de répondre suivant les inspirations de la grâce.

Haut


I. Fidélité à la communauté (Rappel)

Quelle serait la qualité de la vie religieuse apostolique sans la fidélité des membres à leur communauté ? Qu’il me soit permis de rappeler d’emblée ce que j’ai écrit en 1994 concernant les chances de la vie religieuse africaine[4].

« Il est vrai que de nature, les Africains ont un sens aigu de la vie en commun. Ils “n'ont pas besoin de parler de la communauté, ils la vivent intensément”, dit le fondateur de la communauté de l'Arche[5]. Parlons de la communauté chrétienne religieuse, lieu où les membres vivent une profonde intersubjectivité par vocation, lieu caractérisé par “l'être-ensemble au nom de Jésus-Christ”.

Trois causes d'illusion méritent d'être mentionnées. La première, c'est que certains Africains pensent que la communauté est un endroit de sécurité. D'où la recherche acharnée d'une protection éphémère qui ne cultive que l'irresponsabilité. La seconde, c'est que d'autres pensent que la communauté est une réponse aux intérêts personnels. D'où la course aux biens matériels pour soi ou pour sa famille. La troisième, enfin, c'est que d'autres encore croient que la communauté est un collectif d'uniformité et de nivellement. D'où l'obsession de se comparer aux autres, qui n'engendre que jalousie, inquiétude, complexes.

Trois problèmes troublent également la plupart des communautés religieuses. Tout d'abord, la différence culturelle. Très souvent, le fait d'appartenir à différents groupes culturels ayant chacun sa façon de penser, d'agir et de concevoir les choses complique les rapports interpersonnels. L'exemple le plus frappant est la tendance à vivre seul tout en étant en communauté. Ensuite, l'agressivité. Les jeunes qui ne se sentent pas acceptés dans la communauté tendent à tout contester, ce qui est signe de personnalité non équilibrée totalement et de profonde insatisfaction devant la fonction à exercer. Et, enfin, la conflictualité. Les différences sociales et les différences des générations excitent souvent les membres d'une communauté à s'opposer les uns aux autres.

Il convient de signaler, en outre, qu'il existe des conflits “sans cause” dans nos communautés, ceux qui constituent l'arme la plus destructive de la vie des religieux. Ces conflits, souvent produits de l'aigreur, sont fréquents là où il y a des religieux à problèmes.

Le religieux africain du troisième millénaire devra redonner sa vraie valeur à la communauté religieuse qui l'évangélise et qu'il évangélise à son tour en freinant la tendance à la fuir, à se construire une petite “Béthanie” et à trouver la joie ailleurs.

Haut


II. La communauté s’évangélise

Dans cette dynamique de conversion, il convient de se regarder soi-même en profondeur avant de prétendre améliorer la vie en commun. En effet, comme l’observe Gaston Courtois,, dans son livre Quand le Seigneur parle au cœur, "trop d’hommes, trop de femmes, trop de prêtres, trop de religieux à l’heure actuelle [1995] se croient avec orgueil autorisés à réformer l’Eglise au lieu de commencer par se réformer eux-mêmes et par former autour d’eux humblement des disciples fidèles, non à ce qu’ils pensent, mais à ce que Jésus pense"[6].

Evangéliser. Pour Matthieu et Marc, elle signifie Annoncer au monde l’Evangile (Matthieu 28, 19 : "Allez donc: de toutes les nations faites des disciples, les baptisant au nom du Père et du Fils et du Saint Esprit"; Marc 16, 15 : "Allez par le monde entier, proclamez l'Evangile à toutes les créatures"), tandis que pour Luc, évangéliser signifie Etre témoin du Christ (Actes 1, 8 : "mais vous allez recevoir une puissance, celle du Saint Esprit qui viendra sur vous; vous serez alors mes témoins à Jérusalem, dans toute la Judée et la Samarie, et jusqu'aux extrémités de la terre").

La communauté qui désire s’évangéliser doit tenir compte de ces deux aspects complémentaires du service de l’évangélisation, à savoir: Annoncer l’Evangile et Etre témoins. En effet, comment peut-on évangéliser sans témoigner? et comment témoigner sans éprouver le besoin d’annoncer la Bonne Nouvelle de Jésus Christ?

Dans ce contexte précis, la mission de la communauté consiste fondamentalement à évangéliser par le témoignage, témoigner par l’évangélisation, évangéliser avec puissance. Il s’ensuit que l’efficacité de l’évangélisation dépend plus de la qualité de notre attachement à Jésus-Christ qu’à nos stratégies missionnaires. Voilà pourquoi, appelés essentiellement à AIMER, SERVIR et TEMOIGNER (identité profonde de l’être religieux), les religieux, les religieuses doivent vivre comme le Christ (amour de ressemblance), vivre avec le Christ (amour d’intimité), et vivre pour le Christ (amour d’abandon).

C’est seulement à cette condition-là qu’à l’instar des Apôtres, les personnes consacrées pourront, avec conviction, dire aux gens chez qui elles sont envoyées : “Ce que nous avons entendu, ce que nous avons vu de nos yeux, ce que nous avons contemplé et que nos mains ont touché du Verbe de vie… nous vous l’annonçons… pour que votre joie soit complète” (1Jean 1, 1-4).

Certes, l’évangélisation-témoignage est une action du Saint-Esprit. Et la puissance évangélisatrice de la personne consacrée est directement proportionnelle à sa sainteté, son témoignage, sa prière, sa disponibilité à la croix (sacrifice), la communion fraternelle qui se réalise dans la communauté religieuse. La puissance évangélisatrice est conditionnée, en outre, par d’autres facteurs non négligeables : culture préparation pédagogique, capacité de dialogue et d'adaptation aux personnes et aux situations, expérience personnelle, caractère... C’est dire combien il est nécessaire que les qualités humaines s’ajoutent aux spirituelles pour plus d’efficacité missionnaire.

Haut


III. Défis d’une éducation aux vertus humaines

Chose certaine, beaucoup de failles dans la vie consacrée s'expliquent par l'immaturité des sujets. On dirait qu'on reste très attentif à la culture intellectuelle des jeunes, très peu à la formation proprement affective. Il convient, dans ce partage, d'accorder de l'importance à l'éducation aux vertus humaines (psychologiques et morales) et à la maturation des sujets. "On ne peut pas être chrétiens et d'authentiques religieux si l'on n'est pas des hommes complets"[7].

Entendons par vertu (virtus), la "disposition constante qui porte à faire le bien et à éviter le mal". Je sais combien la Règle de vie de la Congrégation des Filles du Saint-Esprit met en évidence beaucoup vertus qui font la spécificité charismatique de ses membres. Mentionnons, entre autres, l’humilité et la douceur, la simplicité et la droiture, la piété (solide et éclairée), la charité et l’abnégation. «Sans elles (humilité et douceur), une fille n’est capable que d’apporter du trouble dans une maison» (De l’Article II, RV page 16). Je m'arrêterai brièvement aux vertus humaines qui me paraissent indispensables. Elles sont regroupées en dix points.

1. Réflexion, équilibre et ordre

Le choix responsable de la vie consacrée exige à la fois la sagesse et un effort intellectuel indispensable, ou mieux une connaissance normale et suffisante de ce qu'on choisit[8]. Or l'homme sage radicalise le centre de toutes les vertus humaines qu'est l'équilibre (intellectuel, de personnalité, affectif et sexuel). Je pense plus à cet équilibre intellectuel qui consiste à mettre les choses à leur juste place, en tenant compte de leur valeur.

Entendons par réflexion, "l'action de réfléchir, d'arrêter sa pensée sur quelque chose pour l'examiner en détail... observation, critique adressée à quelqu'un"[9]. Au plan théologique de la vie religieuse, on pourrait dire que la réflexion est "la capacité de se soumettre avec intelligence aux autres, à ce que l'un pense, décide, dit, fait.... ".

Afin d'éviter les erreurs graves et les frustrations, les religieux, religieuses, doivent se former aussi à l'ordre qui conduit à Dieu, disait saint Augustin. Il consiste entre autres à s'imposer ou imposer une discipline en soi-même ou autour de soi, à porter remède aux situations fâcheuses; à exprimer sa pensée avec cohérence, etc., il nous faut l'esprit de leadership, la capacité d'organiser, de diriger et de commander quand il le faut pour le bien de l'Église entière[10]. Cela suppose le temps de s'asseoir, de se concentrer, de méditer, de penser, de doser son imagination, de calculer les risques, etc. Dans le genre de vie qui est le nôtre, c'est l'unique remède efficace contre l'impulsivité, l'impatience, l'improvisation.

2. Intuition et compréhension

L'intuition (de intus: dedans), c'est "la saisie immédiate de la vérité sans l'aide du raisonnement. La faculté de prévoir, de deviner". C'est la capacité de lire dedans les personnes, les événements, les circonstances... sans recourir aux longs raisonnements. Tandis que la compréhension est "cette vertu qui me pousse à comprendre l'autre, à lire du dedans ses exigences et ses problèmes, à me mettre dans sa peau, à m'engager pour lui". A ce type d'intuition et de compréhension doivent se former les personnes consacrées.

A l'instar de Jésus qui savait ce qui était dans le cœur de l'homme (Jean 2, 25), nous devons nous habituer à comprendre ce qui est dans le cœur de nos frères et soeurs pour mieux être à leur service, en adaptant notre comportement aux exigences de leur croissance, ou mieux en cherchant à les comprendre. C'est par manque d'intuition profonde que certaines animateurs de communautés commettent des erreurs très graves en parlant, en décidant et en faisant tout le contraire de ce qu'on devrait dire, décider, faire si on avait la capacité de comprendre ce qui est dans le cœur du confrère ou de la consœur.

Haut

3. Magnanimité et amour oblatif

D'après le petit Larousse illustré, la personne magnanime (de grand esprit) est celle "dont la générosité se manifeste par la bienveillance et la clémence". Ainsi éduquer la personne consacrée à la magnanimité, c'est l'aider à sortir du cercle de médiocrité qui consiste à ne voir que la "paille" de l'œil d'autrui et non la "poutre" de son propre œil. En d'autres mots, c'est vouloir que la personne soit en mesure d'accorder de l'importance à ce qui est réellement important qu'aux futilités de la vie; qu'elle soit disposée à excuser facilement les manquements des autres et à reconnaître avec simplicité ses propres limites. "L'humilité ne consiste pas d'abord en des attitudes à adopter: elle exprime une façon d'être et de se situer, la façon dont l'homme se considère dans la position qu'il assume au cœur du monde et en face de Dieu"[11].

La personne consacrée doit être formée à la magnanimité parce qu'elle conduit à l'amour oblatif, la motivation de notre vocation. En effet, l'amour oblatif"pousse à nous donner à l'autre de manière désintéressée, jusqu'à l'oubli et au sacrifice de nous-mêmes", c'est-à-dire qu'il pousse à aimer l'autre pour ce qu'il est. On pourrait dire que l'homme n'est pas mûr aussi longtemps qu'il n'a pas atteint cet amour qui poussa le Christ jusqu'à la croix. Le processus de maturation dans l'amour n'atteint son but que quand l'homme devient capable de donner même sans recevoir[12]. Il s'ensuit que le manque d'amour oblatif entraîne à la désobéissance. Voilà pourquoi la formation devrait aider à acquérir non seulement la maturité spirituelle mais aussi celle humaine et psychologique.

4. Prudence et contrôle de soi

Le témoignage prophétique, selon Vita Consecrata, "s'exprime aussi par la dénonciation de ce qui est contraire à la volonté divine et par l'exploration de voies nouvelles pour mettre en pratique l'Évangile dans l'histoire, en vue du Royaume de Dieu" (n° 84). Cette mission ne peut se réaliser valablement sans la prudence, "l'attitude qui consiste à peser à l'avance tous ses actes, à apercevoir les dangers qu'ils comportent et à agir de manière à éviter tout danger, toute erreur, tout risque inutile". Elle ne peut non plus se réaliser sans un véritable contrôle de soi, la caractéristique de l'homme qui a atteint l'auto possession. L'homme mature réussit à penser, aimer, décider, vivre selon les exigences de la raison et de la foi, sans se laisser déranger par les personnes, les choses, les circonstances, les états d'âme, les passions.

Combien d'erreurs ne commettons-nous pas dans nos relations interpersonnelles, dans nos engagements missionnaires et dans le discernement vocationnel faute de prudence? Si chacun doit être prudent dans le discernement de ses aspirations personnelles, le supérieur prudent doit éviter de s'obstiner à confier de lourdes responsabilités à celui qui s'en reconnaît incapable, ou d'affecter par complaisance un sujet là où sa vocation s'exposerait au "vent du midi" qui brûle toute fleur de vertu", disait Eugène de Mazenod.

La prudence chrétienne est "cette vertu qui nous suggère l'attitude à assumer dans une circonstance déterminée pour la plus grande gloire de Dieu, pour le grand bien d'autrui et pour ma grande croissance". Une parole blessante suffit pour déclencher l'ennemi de l'obéissance qu'est l'antipathie. D'où la nécessité de former aussi à la maîtrise de soi qui se manifeste dans la douceur que st Paul qualifie de fruit de l'Esprit (cf. Galates 5, 23).

Haut

5. Loyauté, respect et confiance

La communauté religieuse lieu de relations interpersonnelles exige le respect et la confiance dans les autres, fruit de l'Esprit (cf. Galates 5, 22 : « amour, joie, paix, patience, bonté, bienveillance, foi, douceur, maîtrise de soi »). Une des merveilles apportées par l'évolution du Concile Vatican II, c'est la découverte de la personne au sein de la communauté. On est passé d'une communauté d'observances à une communauté de communion caractérisée par l'authenticité des rapports humains et par le partage de foi. Un peu partout l'accent est mis sur l'importance de la personne, le respect de ses aptitudes et de son cheminement intérieur, l'importance de la responsabilité personnelle[13]. En effet, "chaque personne en tant que créature image de Dieu, vaut plus que tout l'univers et est digne d'estime et de respect même si ses idées sont fausses, même si son comportement est répréhensible". Le respect nous aide à ne pas sous-estimer les autres et les faire souffrir, à les estimer et à leur montrer cette estime digne de la personne humaine, à les aider à réaliser pleinement leur personne. 

La personne consacrée dans sa communauté a besoin non seulement de ce type de respect mais aussi de la confiance. Car, en pédagogie, "on ne peut pas éduquer si l'éduqué se rend compte que l'éducateur n'a pas confiance en lui", Entendons par confiance "le sentiment de sécurité de celui qui se fie à quelqu'un, à quelque chose... sans crainte d'être trompé, sans hésiter, en toute sûreté". C'est la vertu qui nous pousse à nous confier aux autres, à leur bonté, à leur possibilité de récupération. Rien de plus écœurant que la méfiance, le manque de respect envers la personne humaine et le manque de loyauté. Par loyauté, "test de la valeur humaine d'une personne et du respect que cette personne a envers les autres", l'homme maintient la parole donnée. « Caractère loyal, fidélité à tenir ses engagements, à obéir aux règles de l'honneur et de la probité » (droiture, honnêteté).

6. Courage et patience

Le courage est la vertu humaine "qui m'aide à affronter, avec calme et sérénité, les situations difficiles de la vie", tandis que la patience "me pousse à supporter avec grande sérénité intérieure et grand calme extérieur les adversités qui proviennent des situations ou des personnes". Le courage suppose équilibre, conviction, constance, confiance dans ses propres idéaux, alors que l'impatienceest symptôme d'immaturité, de vulnérabilité, de fragilité intérieure, de non acceptation de la réalité, de non acceptation de l'autre.

Dans certaines situations difficiles inhérentes à la consécration religieuse, les disciples du Christ devraient avoir le courage chrétien qui conduit au martyre qui a pour base la conviction que Dieu est le Rocher de l'homme. "Seul l'homme courageux fait des grandes choses". Parfois, certains responsables renoncent aux prérogatives qui sont les leurs par manque de courage dans la prise des décisions. Ils préfèrent que ce soit le provincial ou la régionale qui décide à leur place.

Haut

7. Sincérité, ouverture, confidence

La sincérité consiste à ne pas dire ce qui est faux et à ne pas se comporter faussement. Sans la vertu fondamentale qu'est la sincérité on construit sa vie spirituelle sur le sable. L'ouverture consiste à ouvrir les secrets de son cœur à la personne qui mérite notre confiance. L'ouverture exige parfois un certain effort par manque de simplicité, d'humilité ou de confiance en l'autre. Tandis que la confidence consiste à ouvrir les secrets de son cœur à une personne à qui on se confie en profondeur. C'est la vertu des amis. Elle ne comporte plus d'effort, mais douceur, suavité, soulagement.

A l'instar de Jésus qui fut l'homme de la sincérité, le maître de la sincérité, le martyre de la sincérité, très doux envers les pécheurs sincères mais très sévère envers les pharisiens hypocrites, les religieux doivent entretenir de franches relations entre eux et avec le monde qui les entoure. Ils doivent surtout tenir à la parole donnée, sans compromission. Le supérieur doit être présent dans la communauté, "non pas pour "commander, contrôler, punir", mais surtout pour "conscientiser, stimuler, orienter"[14].

8. Accueil, écoute, discrétion

Appelée à vivre selon l'Évangile, la communauté religieuse est un lieu d'accueilmutuel. Premier acte dans la rencontre de l'autre, l'acte d'accueil a de l'impact direct sur la personne. De fait, de la qualité de l'accueil dépend la qualité de dialogue. Si malgré le rendez-vous pris, je n'ai pas le temps de recevoir le confrère qui vient expressément chez moi, je ne suis pas disponible et je ne le respecte pas. Et si je ne lui laisse pas le temps de partager ce qui l'habite profondément tout simplement parce qu'il n'a rien à m'apprendre ou à changer de ce que je pense de lui, j'ignore les trois lois du dialogue qui sont: savoir écouter, reconnaître l'autre comme un interlocuteur valable, et répondre "au vrai de la demande". Sans cela, il est difficile de discerner ensemble la volonté divine sur chacun.

En effet, l'acte d'accueil doit s'accompagner de la capacité d'écoute, qui ne signifie pas seulement dresser les oreilles. "Cela signifie bien d'autres choses: je suis ici pour toi et je t'écoute avec l'esprit, le cœur, avec tout mon être, je te comprends, je m'occupe de tous tes problèmes, tu n'es plus seul, tu peux te confier à moi, je t'aiderai... La capacité d'écoute suppose celle de susciter la confiance de l'autre, ce qui implique une série de vertus et d'attitudes: éviter la distraction, contrôler la manière de parler et le ton de la voix, avoir beaucoup de discrétion, avoir la grande liberté d'intervenir".

Pour nous chrétiens, l'écoute de l'autre c'est l'écoute de Dieu. Voilà pourquoi la vraie communication avec l'autre doit tendre à "une transformation réciproque des mentalités et des comportements. Elle doit laisser une marque d'amour et de mieux-être". La supérieure est donc appelée à plus d'humilité et d'écoute, les sujets à plus de maturité et de responsabilité.

Mais concrètement combien savent écouter ? Pour y arriver, il faut écouter humblement, patiemment, avec tout son coeur et en "renonçant à son esprit propre et à toute théorie, sinon on n'écoute pas, mais on interprète, on transforme". Puisque l'autre est différent et en même temps semblable à moi, je l'écoute vraiment si je respecte ce qu'elle porte en elle d'unique. Raison pour laquelle nous devons nous former à la discrétion qui est un très grand signe d'honnêteté, de respect de la personne, de l'amitié. La discrétion consiste, en effet, "à garder les confidences reçues ou à ne pas propager, sans motif, paroles, actions ou faits dont la conscience pourrait causer dommage chez quelqu'un". L'absence de ces dispositions ne peut qu'engendrer la désobéissance.

Haut

9. Simplicité et sens de responsabilité (coresponsabilité)

Parmi ceux et celles qui vont vers la vie religieuse, beaucoup ont été attirés par la simplicité des membres de leur famille d'appartenance. Ce qui est simple attire, dit-on. "Dieu est simple" (Deus simplex est), d'après la théologie traditionnelle. Voilà pourquoi il nous attire tous à lui pour son service dans l'Église. Ainsi, ne peut s'approcher de ce Dieu simple que celui ou celle qui cultive la simplicité de type psychologique et morale. La première consiste à atteindre l'unité ou l'harmonie intérieure. L'homme libéré de la domination des émotions, des états d'âme, peut dialoguer avec les autres sans peur ni remords, sans anxiété ni agitation  bien qu'avec prudence. Quant à la simplicité morale, elle consiste à saisir l'essentiel de la moralité. L'homme oriente sa volonté vers ce triple idéal: "Dieu à aimer, servir et rejoindre; les frères et soeurs à aimer, servir, construire, sauver; et soi-même à aimer, construire, sanctifier et sauver".

Nous voilà au cœur de l’Esprit de la congrégation des Filles du Saint-Esprit : « C’est un esprit de simplicité et de droiture… » (RV Chapitre XXV, N. 243). « L’âme simple et droite s’oublie totalement elle-même pour ne voir et ne chercher que Dieu » (Règle de 1927, article 241)

Mais la simplicité suppose le sens de responsabilité et de coresponsabilité dans la communauté, l'usage de la liberté intérieure pour son vrai bien et le bien des autres. La formation devrait rendre la personne capable d'agir de manière responsable en fonction de sa croissance et de celle d'autrui. En tant qu'image de Dieu-Amour, l'homme assume pleinement sa responsabilité quand il devient "un être-tout-amour", c'est-à-dire une liberté. Quête de liberté et désir de se prendre en charge. Voilà deux signes des temps auxquels nous devrions absolument répondre.

10. Douceur, beau trait, sourire

S'il est vrai que l'homme en tant qu'esprit et corps communique à travers des paroles et des gestes, les vertus psychologiques et morales que nous venons d'examiner doivent être manifestées, extériorisées de manière adaptée. En spiritualité chrétienne on dit que la vie chrétienne est une réalité dynamique. Elle tend à se manifester dans les œuvres et dans le style de vie, ou mieux "le comportement extérieur dérive de la vie intérieure et celle-ci implique la transformation du mode de sentir, de juger, de penser, en accord avec le sens du Christ connu dans l'Église (cf. Ep 4, 22-23)"[15].

Ainsi, dans la personne mûre, la douceur, le beau trait (Élément caractéristique qui permet d'identifier, de reconnaître quelqu’un – trait de ressemblance), le sourire sont l'expression spontanée d'un amour mûr, c'est-à-dire oblatif. Chez les responsables de communautés, l'absence de ces trois vertus qui ont une grande valeur de témoignage ne favorise guère le rapprochement les unes des autres. Elle engendre plutôt la peur, les frustrations et l'hypocrisie. Pourquoi aurait-on toujours le visage du vendredi saint comme si le Christ n'est pas ressuscité? et pourquoi le ton dur, l'éclat de voix, le regard sévère même là où il ne le faut pas? Voilà qui éteint la chaleur humaine dans les relations interpersonnelles. Dans ce contexte morose le commandement apparaît comme une menace terroriste et l'obéissance pur infantilisme.

Ma conviction est qu'il n'y a pas de vie religieuse authentique, pas d’authentiques communautés pour la mission sans vraie joie, sans vraie paix dans la communauté religieuse. Il ne s'agit pas de la joie causée par un objet de satisfaction extérieur à soi. Au contraire elle “vient de la communion avec Dieu et avec d’autres hommes, elle n’a rien à voir avec un enthousiasme superficiel, la griserie ou l’euphorie (...) elle saisit l’homme tout entier, ses souffrances inclusivement (...) elle embrasse les autres hommes, elle est une expérience sociale”[16]. La joie vient donc de la communion. Tandis que la paix vient de l’ordre, de l’accord avec la volonté de Dieu et avec les autres hommes (...) Celui qui permet à l’Esprit saint de pénétrer en ses profondeurs demeure serein, abandonné, libre du souci et de l’angoisse exagérés”[17]. La paix est donc le signe de la conformité à la volonté de Dieu, conséquence de la lutte avec les puissances hostiles à Dieu (cf. Éph 6, 15), et signe de la victoire du Christ.

Haut


IV. Vers une nouvelle prise de conscience

a. Au niveau individuel

b. Au niveau communautaire

Questionnaire pour carrefour

Travail en carrefours: cinq textes différents et dix questions. Chacun des cinq groupes se penche sur trois textes au choix pour ne répondre qu'à six questions sur dix. Voir Questionnaire en annexe. Les réponses sont à la discrétion des FSE.

Haut


Conclusion : impressions personnelles

Partage fait durant la messe de clôture et à la lumière de la parole de Dieu de ce 32 dimanche du Temps ordinaire (la veuve de Sarepta et la veuve du temple).

En guise de conclusion de ma participation à cette Assemblée, voici mes impressions ou ce que j’ai pu ressentir durant ce temps de ressourcement. J’ai constaté :

  1. Un élan de fidélité à l’Evangile, à Jésus-Christ.
  2. Ecoute de l’Esprit Saint (disponibilité).
  3. Volonté renouvelée de fidélité au charisme fondateur.
  4. Sens d’appartenance à la Congrégation (joie de vivre ensemble un même idéal).
  5. Fidélité à l’Afrique (contexte missionnaire).
  6. Temps de transition, volonté commune de se prendre en charge, de progresser, de développer la Mission des FSE.
  7. Moyen efficace manifeste : la jeunesse de la Vice-Province (les vocations), fruit du témoignage authentique de vos aînées missionnaires qui, par leur vie et leur simplicité, ont suscité des vocations. Vous n’avez pas le droit d’étouffer cette dimension prophétique du charisme religieux.

Recommandation à la lumière de la parole de Dieu de ce 32e dimanche du Temps ordinaire(1 Rois 17, 10-16 ; Hébreux 9, 24-26 ; Marc 12, 38-44) : invitation à la GENEROSITE. Vous savez en qui vous avez mis votre foi. DONNEZ-LUI TOUT, à l’instar de la veuve de Sarepta, de Jésus crucifié et de la veuve du temple. Le don ne peut aller sans sacrifice.

Prière en Eglise : les oraisons de la messe de ce 32e dimanche du Temps ordinaire. Chose évidente, Dieu qui est bon éloigne de vous ce qui vous arrête dans votre marche vers la sainteté, il vous libère de vos entraves d’esprit et de corps, et vous êtes libérées pour accomplir la volonté de Dieu. Puisque vous vous offrez à lui telles que vous êtes, avec vos hauts et bas, Dieu vous accorde son pardon et vous rétablit dans la paix pour partager pleinement le mystère d’amour du Christ. Fortifiées par la nourriture sainte qu’est l’Eucharistie, vous êtes capables de rendre grâce au Seigneur pour ses bienfaits et surtout de savoir que l’Esprit Saint lui-même vous aide à persévérer dans la droiture.

Autant d’éléments qui permettent de repartir renouvelées dans la foi, redynamisées joyeuses d’avoir rencontré le Seigneur, le Vivant à jamais et de s’être laissées guider par le Saint-Esprit dans le choix de nouveaux projets missionnaires.

Haut


Notes:

[1] Congrégation des Filles du Saint-Esprit, Orientations Chapitre général 2008, page 9.

[2] Le fondateur, Jean Leuduger, voulut faire vivre ses filles de la "Doctrine Spirituelle" du Père Lallemant, Jésuite, dont il était fortement imprégné. (cf. Règle de vie p. 13).

[3] Cf. BERNARD C.-André, Traité de théologie spirituelle, Paris, Cerf, 1986, p. 402-405.

[4] MUSUMBI J.B., Religieux africain de l'an 2000. Problèmes et urgences, Baobab, Kinshasa 1994.

[5] VANIER Jean, La communauté, lieu du pardon et de la fête, Paris, Fleurus, 1979, p. 7.

[6] COURTOIS Gaston, Quand le Seigneur parle au cœur, Paris, 3e éd., Médiaspaul, 1995, p.

[7] Sur ce point, voir essentiellement MARTINI de, N., Qualcuno mi ha chiamato. Teologia della vita religiosa, 3a ediz., Leumann (Torino), 1990, p. 264-285.

[8] Cf. BOISVERT L., Le célibat religieux, Paris, Cerf, 1990, 119.

[9] Voir le petit Larousse illustré,1990.

[10] Cf. MUSUMBI J.B., Aspirant(e)s à la vie religieuse. Sur les traces d'Eugène de Mazenod, Kinshasa, Baobab, 1995, p. 30.

[11] MONGILLO D., "Humilité", in DVS, Paris, Cerf, 1987, p. 521.

[12] Le processus comporte quatre étapes: je ne suis même pas capable de recevoir (enfant); je suis capable de recevoir, mais pas de donner; je suis capable de recevoir et de donner; je suis capable de donner même sans recevoir. L'homme est mûr seulement à cette dernière étape.

[13] Voir de COUESNONGLE V., "Communauté de vie", in DVS, p. 152-161.

[14] de COUESNONGLE V., "Communauté de vie", in DVS, p. 159.

[15] Voir BERNARD C.-A., Traité de théologie spirituelle, Paris, Cerf, 1986, p. 20-21.

[16] MÜLHEN Heribert, “Vous recevrez le don du Saint Esprit”. Le renouveau spirituel, Vol. 1, Introduction et orientation, Paris, Centurion, 1982, p. 190.

[17] MÜLHEN Heribert, “Vous recevrez le don du Saint Esprit”. Le renouveau spirituel, Vol. 1, Introduction et orientation, Paris, Centurion, 1982, p. 191.

Haut

© 2011 Ayaas.net: Religieux africain du troisième millénaire - Page web perso de jb musumbi, o.m.i. - Webmaster