Nous sommes le 17/07/2018 et il est 04h08 TU+2 - "L'Eglise attend de vous tous un puissant secours dans sa détresse" (Eugène de Mazenod, 1823)

Pour répondre comme Oblats aux besoins de salut au Sénégal d'aujourd'hui,
La communauté s'évangélise

Session Délégation OMI du Sénégal - Cap des Biches 20-23 février 2001
(jb musumbi)
Texte synthèse préparé par les participants à la session


Présentation (P. Giancarlo Todesco)

"Ils doivent travailler sérieusement à devenir des saints" (Préface Constitutions et Règles OMI)

Constitutions 46: "La formation a pour but de faire grandir l'homme apostolique animé du charisme oblat, un homme qui vive son engagement avec Jésus Christ dans une fidélité toujours inventive et se mette totalement au service de l'Eglise et du Royaume".

Constitutions 47: "La formation vise à la croissance intégrale de la personne. Elle se poursuit toute la vie et conduit chacun a s'accepter tel qu'il est, et a devenir celui qu'il est appelé à être. Elle implique une conversion constante à l'Évangile et nous tient toujours prêts à apprendre et à modifier nos attitudes pour répondre aux exigences nouvelles".

C'est dans ce cadre et pour atteindre ce but que nous nous retrouvons ici réunis à Cap  des Biches pour ces trois jours de session.  La Communauté s'évangélise avant d'aller évangéliser, et cela implique justement une conversion constante à l'Évangile.

Cette session voudrait justement nous aider à grandir de plus en plus dans cette démarche de conversion et à réaliser davantage une expérience de communion entre nous et avec nos frères.

Nous avons fait recours pour cela à une personne ressource bien expérimentée, que j'ai la joie de vous présenter: le Père Jean Bosco MUSUMBI omi, du Congo Démocratique, qui a fait ses études en Théologie de la vie religieuse au Claretianum à Rome, pour devenir ensuite Père formateur et enseignant au scolasticat de Kinshasa.

Que Dieu par son Esprit puisse nous aider à accueillir et faire fructifier tous les dons qu'il voudra bien nous offrir. (Père Giancarlo)

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Introduction

Par le choix de ce thème combien précieux, la Délégation OMI du Sénégal s'engage résolument sur un chemin de conversion personnelle et communautaire en vue du rayonnement du charisme oblat, ou milieux de la mission évangélisatrice. Or, la mission, «avant de se caractériser par les oeuvres extérieures, consiste à rendre présent au monde le Christ lui-même par le témoignage personnel» ( VC 72 ). C'est donc un désir profond de conversion qui vous anime tous pour plus d'efficacité missionnaire.

Entendons par «conversion» le retournement vers Dieu, comme dit Madeleine Delbrêl. Selon le père Lallemant, auteur Jésuite du XVlle siècle, il arrive ordinairement deux conversions à la plupart de ceux qui se rendent parfaits: l'une par laquelle ils se dévouent au service de Dieu, l'autre par laquelle ils se donnent entièrement à la perfection. Mais en Spiritualité on parle aussi de première conversion, quand la personne décide de considérer toute sa vie à la lumière de la foi. Le sens de la vie change et, peu à peu la vie spirituelle prend forme. La vocation religieuse et sacerdotale présuppose cette première conversion. La seconde conversion, par laquelle la personne se soumet totalement à l'action de Dieu et se propose de suivre toujours l'inspiration divine pour parvenir à la plénitude de la vie spirituelle[1].

Voilà pourquoi la démarche de vouloir se convertir personnellement et communautairement avant de prétendre oeuvrer pour le salut du monde me paraît fondamentale. En effet, comme l'observe Gaston Courtois, «trop d'hommes, trop de femmes, trop de prêtres, trop de religieux à l'heure actuelle se croient avec orgueil autorisés à réformer l'Eglise au lieu de commencer par se réformer eux-mêmes et par former autour d'eux humblement des disciples fidèles, non à ce qu'ils pensent, mais à ce que Jésus pense»[2].

Chose certaine, le désir de perfection qui vous habite correspond à l'intuition fondatrice de notre saint Fondateur Eugène de Mazenod. «Que doivent faire à leur tour les hommes qui veulent marcher sur les traces de Jésus Christ (...)? Ils doivent travailler sérieusement à devenir des saints», aimait-il affirmer avec force (Préface CC RR). Nous sommes là au cœur même du radicalisme évangélique. «Vous donc vous serez parfaits comme votre Père céleste est parfait» (Matthieu 5, 48). Certes, tous sont appelés à la sainteté mais les religieux, de par leur consécration, s'engagent sur «un chemin de conversion continue» (VC 109), «une voie de sainteté» (VC 106). Telle est la motivation authentique de la vie consacrée religieuse. Nous y allons pour tendre vers la sainteté par la perfection de l'amour.

II s'ensuit que l'efficacité de l'évangélisation dépend en gros de la qualité de notre attachement à Jésus-Christ. Voilà pourquoi, appelés essentiellement à aimer, à servir et à témoigner, les religieux doivent vivre comme le Christ (amour de ressemblance), vivre avec le Christ (amour d'intimité), et vivre pour le Christ (amour d'abandon). C'est seulement à cette condition qu'à l'instar des Apôtres nous pourrions avec conviction dire aux gens chez qui nous sommes envoyés: «Ce que nous avons entendu, ce que nous avons vu de nos yeux, ce que nous avons contemplé et que nos mains ont touché du Verbe de vie (...) nous vous l'annonçons (...) pour que votre joie soit complète» (1 Jn 1, 1-4).

Telle est en fait la signification profonde de l'évangélisation. Elle n'est autre qu'annoncer au monde l'Evangile (Matthieu 28, 19; Marc 16, 15) et être témoin du Christ (Actes 1, 8). La communauté qui désire s'évangéliser devrait tenir compte de ces deux aspects complémentaires du service de l'évangélisation. En effet, comment peut-on évangéliser sans témoigner? et comment témoigner sans éprouver le désir d'annoncer la Bonne Nouvelle de Jésus Christ?

Dans mon humble partage, il s'agira d'ouvrir quelques pistes de réflexion sur la dimension interne de la vie communautaire (la communauté s'évangélise) tout en évitant de glisser dans sa dimension externe (la communauté évangélise) et dans sa dynamique de croissance (la communauté lieu de formation) quand bien même les limites restent difficilement repérables. Loin de moi cependant la prétention de vous proposer un discours systématique qui mettrait distinctement en lumière les différentes approches de la vie communautaire. Je me contenterai plutôt de vous livrer ma petite expérience de religieux Oblat de Marie Immaculée, fruit de ce que je crois, de ce que je vois et de ce que j'entends et apprends en exerçant mon ministère d'enseignant et d'animateur de retraites et sessions.

En outre, mon partage se veut être un approfondissement de la réflexion déjà amorcée dans la plaquette Religieux africain de l'an 2000, relative aux chances de la vie religieuse «africaine»[3]. II comportera trois articulations, à savoir:

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Sens spirituel et religieux de la vie communautaire
La communauté source de fidélité  

Méditation: "Je suis la vigne; vous, les sarments. Celui qui demeure en moi, et moi en lui, celui-là porte beaucoup de fruit: car hors de moi vous ne pouvez rien faire" (Jean 15, 5).

1. Que faire?

En 1995, au cours d'une session au Congo sur la vie consacrée religieuse, je me suis amusé en posant la question suivante à 40 religieux de plusieurs congrégations masculines: «S'il était possible de ressusciter quelques jours après ta mort (sans attendre la résurrection finale), qu'aimerais-tu faire: vivre encore dans ta famille religieuse, changer de congrégation ou te marier, et pourquoi?»

Les réponses reçues furent intéressantes: 15%: je vivrais dans ma congrégation parce que je l'aime beaucoup. 80%: j'aimerais changer de congrégation parce que mes supérieurs exagèrent, ils se comportent souvent en dictateurs. 05%: j'aimerais me marier pour faire l'autre expérience complémentaire de la vie.

Une année plus tard, j'ai cherché à obtenir la réaction féminine sur la même question. 30 professes de plusieurs congrégations m'ont répondu de la manière suivante: 20% : je vivrais dans ma congrégation parce que le Seigneur m'aime et j'aime ma congrégation. 70% j'aimerais changer de congrégation parce que mes supérieures exagèrent, elles regardent trop les détails inutiles. 10%: j'aimerais faire l'expérience du mariage pour prouver que je n'ai pas fui le mariage; la vie religieuse étouffe mes talents.

Résultat synthèse: 17,5%:vivre dans la même famille religieuse. 75%: changer de famille religieuse. 07,5%: se marier.

Cette petite curiosité intellectuelle (enquête informelle) présente un malaise profond de la vie religieuse actuellement vécue (au Congo). Chose certaine, le Seigneur continue à appeler de nombreux jeunes au service de l'Eglise. Mais la plupart d'entre eux vivent dans un sentiment de non-appartenance à la congrégation. Ils pensent que le bonheur est ailleurs! Ils me donnent la nette impression de vivre en locataires chez les «gros propriétaires» de la congrégation à laquelle ils appartiennent pourtant de plein droit. Voilà qui donne à réfléchir.

2. Signification de la communauté

Le document de notre dernier Chapitre général présente la communauté comme un don que Dieu nous fait, une bonne nouvelle pour l'Eglise et le monde, une mission pour les Oblats, un lieu de croissance intégrale, à condition de se construire sur le Christ et que la prière imprègne sa vie, qu'il y ait partage de la foi et de la vie, un style de vie simple conformément aux vœux de religion, la vie de pardon et de réconciliation[4]. M'inspirant essentiellement de ces orientations, voici comment je conçois la communauté religieuse. 

Une communauté chrétienne authentique: elle sous-entend les trois effets du baptême, à savoir : unir totalement la personne au Christ, l'insérer dans l'immense assemblée de fidèles qu'est l'Église (unité), et la faire participer activement à la mission de l'Église. Cela suppose la foi, l'espérance (joie) et la charité.

En effet, la vie spirituelle provient de Dieu, elle est reçue dans la foi et elle se manifeste dans l'amour et dans la joie. Elle est «un itinéraire de fidélité croissante, où la personne consacrée est conduite par l'Esprit et configuré par lui au Christ, en pleine communion d'amour et de service dans l'Église» (VC 93). Sous cet angle, la foi est la racine et la condition de la vie spirituelle (cf. Hébreux 11, 1.6).

Cadre par excellence du radicalisme évangélique: le renoncement à soi, le portement de la croix et la Sequela Christi (Marc 8, 34).

Lieu caractérisé par «l'être ensemble» au nom de Jésus-christ: d'où l'engagement par les vœux d'obéissance, de pauvreté et de chasteté. Ceci n'est possible que pour qui se sent appelé ou qui a réellement la vocation. Or la vocation interne (réponse de l'homme à l'appel de Dieu), se vérifie par ce triple aspect: l'esprit de foi, l'engagement d'amour et l'esprit de sacrifice.

D'inspiration évangélique. «Qu'ils soient un corne Toi, Père, Tu es en moi (...) pour que le monde croie que tu m'as envoyé» (Jeann 17, 21).

Les religieux appelés par Dieu à suivre le Christ dans ses exigences évangéliques, par la consécration religieuse, s'engagent dans leur don total à Dieu à une imitation plus radicale du Christ, à vivre pour Lui et pour son corps qu'est l'Église. La profession religieuse, expression la plus totale de la consécration baptismale, est leur réponse à l'amour du Christ. Leur fidélité à cette consécration entraînera les croyants à vivre les exigences de leur vocation chrétienne et à désirer les biens du ciel. Raison pour laquelle leur communauté doit se distinguer par la fraternité, l'accueil, la communication, l'amitié, le dialogue, l'égalité, la mobilité.

Lieu de communion fraternelle. Depuis Vatican II, grâce à la découverte de la personne au sein de la communauté et de la réalité du monde, la communauté religieuse est passée de la communauté d'observances ou communauté-uniformité à une communauté de communion, une dimension plus évangélique.

Désormais, la communauté de communion est celle caractérisée par l'authenticité des rapports humains, les partages de la foi (prière, eucharistie... ). En effet, «le climat de charité fraternelle engendre la sincérité, l'ouverture, la confiance, le sens de l'amitié, le sens de responsabilité» .

Et puisque l'Église est essentiellement communion, les religieux veulent être une réalisation particulièrement intense de l'Église.[5] Dans ce sens, la communauté religieuse est un signe particulièrement intense et permanent de cette communion ecclésiale, basée sur la Trinité. Aussi devient-elle, d'après Fabio Ciardi, un signe d'espérance pour l'Eglise et pour le monde, une tâche et un engagement pour les religieux.[6] Voilà pourquoi nous disons avec Jean Vanier: «une communauté n'est une communauté que quand la majorité des membres est en train de faire le passage de la 'communauté pour moi' à `'moi pour la communauté'»[7].

3. Quelques conditions de la charité

Le courage de continuer. Il ne suffit pas de commencer. II faut en outre persévérer dans l'élan du bien, sans jamais s'arrêter en chemin[8].

Le commencement de la vie spirituelle. Loin de se contenter de leur baptême, les religieux doivent parvenir à une nouvelle forme de vie spirituelle, celle précisément où la personne humaine se considère responsable de l'ensemble de sa vie devant Dieu, ou lorsque la relation à Dieu devient une relation totale de personne à personne[9]. Cette prise de conscience de la responsabilité personnelle, devant Dieu, de l'ensemble de la vie, favorise l'unité de vie intérieure et l'harmonie de vie communautaire.

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Questions pour carrefours
(Jour1)

A la fin de son exposé, le P. Jean Bosco nous a invités à réfléchir par carrefour sur les questions suivantes:  

A la lumière de ce premier exposé et de la constitution 31 de nos Constitutions et Règles: quels sont aujourd'hui les points faibles de votre style de vie communautaire? en vue de conversion sincère, quel remède pourriez-vous envisager pour chaque point faible?

Après le partage en carrefours, voici quelques remarques faites dans l'assemblée générale:

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Communauté lieu d'intersubjectivité et de croissance

Méditation: "Comme tu m'as envoyé dans le monde, moi aussi, je les ai envoyés dans le monde. Pour eux je me sanctifie moi-même, afin qu'ils soient, eux aussi sanctifiés dans la vérité (...) afin que tous soient un (...) afin que le monde croie que tu m'as envoyé" (Jean 17, 18-21).

1. L'homme un être fait pour la communion

L'être humain, homme ou femme, est fait pour la communion et il ne peut s'accomplir que dans la relation interpersonnelle authentique. De fait, en anthropologie philosophique, l'homme est un être relationnel. A l'instar de son Créateur, Amour dans la profondeur de son être, en ses trois personnes divines qui se regardent, s'ouvrent, se donnent, s'accueillent et vivent d'une seule vie (Jean 10, 30.38; 14, 9-10; 17, 20-23), l'homme en tant qu'être libre et responsable, doit créer la communion avec Dieu et avec ses semblables. Sa vraie identité, c'est la communion ou la solidarité. Or l'amour demande un amant et un aimé, un Tu et un Je. La communion naturelle n'est autre que vouloir être une aide l'un pour l'autre.

En effet, redisons-le, la communauté est le lieu où les membres vivent une profonde intersubjectivité par vocation, lieu de relations vraies, «lieu privilégié de l'affrontement de l'autre en tant que 'autre', dans sa différence et dans sa spontanéité, capable de me mettre en question et de me révéler à moi-même en me promouvant»[10].

2. Vivre de relations vraies

La vérité de la relation interpersonnelle authentique se reconnaît, d'après Laurent Boisvert, à la présence simultanée de trois éléments relatifs à soi et à l'autre: la perception, l'acceptation et l'actualisation.

Malheureusement,

avec les meilleures intentions, on a parfois tendance à imposer à l'autre sa propre manière de voir, ses attitudes et comportements personnels. On est convaincu que les moyens de croissance qui ont porté en nous des fruits positifs produiraient les mêmes résultats si on les appliquait à l'autre (...) II y aura là une négation de l'altérité des autres: culture, sensibilité, langage, préoccupations, intérêts, etc. Aider les autres à être parfaitement eux mêmes, si différents soient-ils de nous, voilà ce que signifie les aimer. Le contraire s'appelle aliénation ou destruction [BOISVERT Laurent].

Il serait intéressant de se référer à l'étude de l'Ennéagramme qui reconnaît 9 types de personnalité. Inconsciemment les 1 rejettent la colère, les 2 le besoin, les 3 l'échec, les 4 la banalité, les 5 le vide, les 6 la déviance, les 7 la peine, les 8 la faiblesse et les 9 le conflit. Les 2, 3 et 4 fonctionnent au centre de sentiments (CŒUR); les 5, 6 et 7 au centre de pensées (TÊTE), tandis que les 8, 9 et 1 au centre de l'instinctivité (VISCÈRES).

3. Quelques causes d'incompréhension

Trois causes d'illusion méritent d'être mentionnées.

         Trois problèmes troublent également la vie communautaire.

Un constat évident, les jeunes de nos sociétés actuelles sont en relations conflictuelles avec leurs parents et leurs aînés. La modernité et la perte des croyances traditionnelles en Afrique ont suscité la crise de l'autorité. En effet, «les jeunes se trouvent à l'étroit dans les anciens cadres qui freinent ou bloquent leur désir d'épanouissement»[11].  Aussi accusent-il le passé d'être cause des malheurs du présent. Voilà qui explique la tendance au refus de l'autorité.

II convient de signaler, en outre, qu'il existe des conflits «sans cause» dans nos communautés. Ces conflits, souvent produits de l'aigreur, sont fréquents là où il y a des religieux à problème. L'ouverture faisant défaut, il est difficile d'y envisager un quelconque remède. A quoi est dû ce genre d'attitude? A plusieurs facteurs dont voici les plus importants: le manque du regard de foi (conversion), manque de motivation surnaturelle, manque de sincérité, le sentiment de non-appartenance, bref le manque de maturité humaine.

Au sujet de maturité, on sait que le diagnostic de la maturité psychologique est une opération extrêmement complexe. Mentionnons néanmoins quelques traits caractéristiques: la capacité de s'adapter à des conditions diverses et à des responsabilités déterminées, dans le contexte social où l'on se trouve; la capacité de coopérer avec ses semblables et de se soumettre aux plans d'une autorité, dans le milieu familial et social; la capacité de se spécialiser, et donc d'avoir confiance en ses propres ressources dans un champ d'action déterminé; la capacité d'affronter de façon réaliste les problèmes de la vie par un contrôle approprié de ses propres impulsions[12].

Ajoutons à tout cela la tolérance de la frustration et de l'ambiguïté des situations, l'acceptation du passé, la capacité d'attendre, la prise de conscience, etc. (selon F. Redl et D. Wineman), la capacité de dialoguer.

Tout cela n'est possible que dans un élan de conversion en tant que "retournement vers Dieu". En spiritualité on parle de conversion quand la personne décide de considérer toute sa vie à la lumière de la foi, et quand elle se soumet totalement à l’action de Dieu et se propose de suivre l’inspiration Divine (Volonté de Dieu). En d'autres mots, il y a conversion quand la personne se dévoue au service de Dieu et se donne entièrement à la perfection!

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Questions pour carrefours
 (Jour2)

A la fin de son exposé, le P. Jean Bosco nous a invités à réfléchir par carrefour sur la question suivante:

Le dernier Chapitre Général a souhaité que la communauté oblate soit un lieu de croissance intégrale où les jeunes et les aînés s'accueillent mutuellement. Compte tenu de nos ressemblances et de nos différences, quelles attitudes évangéliques conviendraient le mieux pour un dialogue constructif dans la Délégation oblate du Sénégal?

Après le partage en carrefours, voici quelques remarques faites dans l'assemblée générale:

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Essai d'une dynamique de réinvention de la vie communautaire
Défi d'une éducation aux vertus humaines 

Méditation: "Vous êtes le sel de la terre (...) Vous êtes la lumière du monde" (Matthieu 5, 13-16)

Aujourd'hui plus que jamais, le Seigneur Jésus a besoin de prêtres, de religieux, comme dit Gaston Courtois,

qui soient des professionnels du spirituel et non des fonctionnaires ou des fanfarons...; des prêtres et des religieux doux, bienveillants, patients, ayant avant tout l'esprit de service et ne confondant jamais l'autorité avec l'autoritarisme; en un mot, des prêtres profondément aimants, ne cherchant qu'une seule chose, n'ayant qu'un seul but: que l'amour soit davantage aimé[13].

«Les hommes de notre temps veillent voir dans les personnes consacrées la joie qu’ils ressentent en étant avec le Seigneur» (VC 109).

II s'ensuit que beaucoup de failles dans la vocation religieuse s'expliquent par l'immaturité des sujets. Malheureusement, les éducateurs restent plus attentifs à la culture intellectuelle des sujets qu'à la formation proprement affective. Voilà pourquoi, il convient, d'accorder de l'importance aux vertus humaines (psychologiques et morales) et à la maturation des membres. Entendons par vertu (virtus),

la disposition constante qui porte à faire le bien et à éviter le mal». Ou mieux, «la vertu propose une éthique de la construction de soi. Elle humanise l'homme en faisant de lui un être harmonieux. Elle lui donne de conquérir une pleine liberté d'autonomie contre les servitudes, les automatismes et les déterminismes extérieurs à sa, volonté. Elle l'affermit dans son vrai bien. Elle l'ordonne à sa fin, Dieu[14].

Je m'arrêterai à quelques-unes de ces vertus qui favorisent la croissance de l'homme au sein de sa communauté. Ma conviction est qu'on ne peut pas être chrétien et religieux authentique si l'on n'est pas homme complet[15]. «N’ayons pas peur d’inventer des nouveaux moyens pour les nouveaux besoins. Ayons confiance en celui qui nous appelle. Ayons confiance dans notre vocation. Le Charisme Oblat est toujours vivant» (Chapitre générale 1998, n° 17).

1. Réflexion, intuition et compréhension

Les religieux, sujets et responsables, doivent avoir la capacité de réflexion. Entendons par réflexion, «l'action de réfléchir, d'arrêter sa pensée sur quelque chose pour l'examiner en détail... observation critique adressée à quelqu'un»[16]. En d'autres termes, la réflexion est «la capacité de se soumettre avec intelligence aux autres, à ce que l'un pense, décide, dit, fait». Tous devraient avoir cette capacité, puisque le choix responsable de la vie consacrée exige à la fois la sagesse et un effort intellectuel indispensable, une connaissance normale et suffisante de ce qu'on choisi. «la capacité de se soumettre avec intelligence aux autres, à ce que l'un pense, décide, dit, fait ». Tous devraient avoir cette capacité, puisque le choix responsable de la vie consacrée exige à la fois la sagesse et un effort intellectuel indispensable, une connaissance normale et suffisante de ce qu'on choisi.

Afin d'éviter les erreurs graves et les frustrations, la réflexion de la personne qui se conduit selon Dieu doit toujours précéder l'action pour le bien du prochain dans une circonstance concrète. En d'autres termes encore, comme dit Chittister, «les vrais religieux ne passent jamais à l'action sans considérer les motifs qui les poussent à agir, les conséquences qui peuvent découler de leur action, les coûts qui peuvent en résulter et la contribution qu'elle peut apporter dans l'avènement du Royaume de Dieu»[17].

La réflexion va de pair avec l'ordre, lequel «conduit à Dieu», dit st Augustin. L'ordre consiste entre autres à s'imposer ou imposer une discipline en soi même ou autour de soi, à porter remède aux situations fâcheuses, à exprimer sa pensée avec cohérence, etc. Cela suppose le temps de s'asseoir, de se concentrer, de méditer, de penser, de doser son imagination, de calculer les risques. C'est l'unique remède efficace contre l'impulsivité, l'impatience, l'improvisation.

En outre, les religieux doivent s'éduquer à l'intuition et à la compréhension, bien que l'homme soit porté plus à raisonner et la femme à deviner. L'intuition (de intus, dedans), c'est «la saisie immédiate de la vérité sans l'aide du raisonnement. La faculté de prévoir, de deviner». C'est la capacité de lire dedans les personnes, les événements, les circonstances... sans recourir aux longs raisonnements. Tandis que la compréhension est «cette vertu qui me pousse à comprendre l'autre, à lire du dedans ses exigences et es problèmes, à me mettre dans sa peau, à m'engager pour lui».

A l'instar de Jésus qui savait ce qui était dans le cœur de l'homme (Jn 2, 25), nous devons nous habituer à comprendre ce qui est dans le cœur de nos frères pour mieux être à leur service, en adaptant notre comportement aux exigences de leur croissance, ou mieux en cherchant à les comprendre. C'est souvent par manque d'intuition profonde que certains animateurs de communauté commettent des erreurs très graves en parlant, en décidant et en faisant tout le contraire de ce que l'on devrait dire, faire, décider si l'on avait la capacité de comprendre ce qui est dans le cœur du confrère.

2. Prudence, contrôle de soi

A l'instar de la vierge Marie qui gardait fidèlement tous les événements dans son cœur (Lc 2, 51), les personnes consacrées doivent êtres des hommes de prudence en s'ouvrant à l'Esprit de Sagesse et d'Intelligence pour discerner ce que Dieu fait pour eux-mêmes et ce qu'il attend d'eux.

Chose évidente, le témoignage prophétique «s'exprime aussi par la dénonciation de ce qui est contraire à la volonté divine et par l'exploration de voies nouvelles pour mettre en pratique l'Évangile dans l'histoire, en vue du Royaume de Dieu» (VC 84). Mais cet engagement ne peut se réaliser valablement sans la prudence. Loin d'être considéré comme lâcheté, manque de courage, indécision chronique, la prudence est «l'attitude qui consiste à peser à l'avance tous ses actes, à apercevoir les dangers qu'ils comportent et à agir de manière à éviter tout danger, toute erreur, tout risque inutile». Loin du perfectionnisme.

La prudence, c'est «un amour qui choisit avec sagacité», dit Augustin. Plus en profondeur nous dirions, «vertu cardinal, à la fois intellectuelle et morale», la prudence désigne une sagesse pratique qui implique le concours d'une certaine qualité intellectuelle, pour la bonne réalisation de la vie morale. Elle désigne la vertu d'analyse des situations et des décisions, «par laquelle chacun se gouverne soi-même, précise st Thomas, et par laquelle on gouverne la multitude»[18].

La prudence ne peut pas se réaliser sans un véritable contrôle de soi, la caractéristique de l'homme qui a atteint l'auto possession. L'homme mature réussit à penser, aimer, décider, vivre selon les exigences de la raison et de la foi, sans se laisser déranger par les personnes, les choses, les circonstances, les états d'âme, les passions. «Celui qui ne se possède pas est incapable de se donner».

Sous cet angle, la prudence chrétienne est «cette vertu qui nous suggère l'attitude à assumer dans une circonstance déterminée pour la plus grande gloire de Dieu, pour le grand bien d'autrui et pour ma grande croissance». II faut s'éduquer à cette prudence en vue d'harmonie communautaire.

3. Loyauté, respect et confiance

Le respect et la confiance dans les autres sont un fruit de l'Esprit (Galates 5, 22). Avec la découverte de la personne au sein de la communauté (depuis Vatican II), un peu partout l'accent est mis sur l'importance de la personne, le respect de ses aptitudes et de son cheminement intérieur, l'importance de la responsabilité personnelle. En effet, chaque homme, image de Dieu est digne de respect et d'estime même si ses idées sont fausses, même si son comportement est répréhensible. Le respect nous aide à ne pas sous estimer les autres et les faire souffrir, à les estimer et à leur montrer cette estime digne de la personne humaine, à les aider à réaliser pleinement leur personne.

La personne consacrée a besoin non seulement de ce type de respect mais aussi de la confiance. Car, «on ne peut pas éduquer si l'éduqué se rend compte que l'éducateur n'a pas confiance en lui». Entendons par confiance, «le sentiment de sécurité de celui qui se fie à quelqu'un, à quelque chose... sans crainte d'être trompé, sans hésiter, en toute sûreté». C'est la vertu qui nous pousse à nous confier aux autres, à leur bonté, à leur possibilité de récupération. De fait, toute relation humaine repose sur la confiance, sur le sens de la parole donnée». Nous faisons confiance à quelqu'un lorsque nous recevons les engagements qu'il nous prodigue comme des certitudes. Nous savons qu'il ne nous trahira pas.

Rien de plus écœurant que la méfiance, le manque de respect envers la personne humaine et le manque de loyauté. Par loyauté, «test de la valeur humaine d'une personne et du respect que cette personne a envers les autres», l'homme maintient la parole donnée.

4. Courage et patience

Le courage est la vertu humaine «qui m'aide à affronter, avec calme et sérénité, les situations difficiles de la vie», tandis que la patience «me pousse à supporter avec grande sérénité intérieure et grand calme extérieur les adversités qui proviennent des situations ou des personnes». «C'est par votre patience que vous réussirez votre vie» (Lc 21, 19). La patience est une vertu fondamentale. «Elle garantie notre équilibre. Elle protège toutes les autres vertus contre les désordres que provoque l'impatience. A cause de ce qu'elle suppose de ténacité et d'effort volontaire, la patience doit s'accompagner de la douceur pour ne pas exposer notre cœur à la sécheresse» [19].

Face aux difficultés inhérentes à la vie consacrée, les disciples du Christ devraient avoir le courage chrétien qui conduit au martyre, qui a pour base la conviction que Dieu est le Rocher de l'homme. «Seul l'homme courageux fait des grandes choses» . Mais la grâce du Seigneur conférée au supérieur ne le dispense pas d'un dialogue patient et fraternel avec la communauté. Tous, ensemble avec le supérieur, sont coresponsables dans la recherche et dans l'accomplissement de la volonté de Dieu.

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5. Sincérité, ouverture, confidence

Les religieux doivent cultiver la sincérité, l'ouverture et la confidence. La sincérité consiste à ne pas dire ce qui et faux et à ne pas se comporter faussement. Sans la vertu fondamentale qu'est la sincérité on construirait sa vie spirituelle sur le sable. Car l'homme sincère est celui qui est vrai avec lui même. «La sincérité implique que la force des sentiments s'incline devant la fidélité aux décisions libres qui structurent l'existence morale».

L'ouverture consiste à ouvrir les secrets de son cœur à la personne qui mérite notre confiance. Elle exige parfois un certain effort par manque de simplicité, d'humilité ou de confiance en l'autre. Tandis que la confidence consiste à ouvrir les secrets de son cœur à une personne à qui on se confie en profondeur. C'est la vertu des amis. Elle ne comporte plus d'effort, mais douceur, suavité, soulagement. «Je vous appelle amis, parce que tout ce que j'ai entendu de mon père, je vous l'ai fait connaître» (Jean 15, 15).

A l'instar de Jésus qui fut l'homme de la sincérité, très doux envers les pécheurs sincères mais très sévère envers les pharisiens hypocrites, les religieux doivent entretenir de franches relations entre eux et avec le monde qui les entoure. Ils doivent surtout tenir à la parole donnée, sans compromission aucune. Le responsable doit être présent dans la communauté,  «non pas pour commander, contrôler, punir», mais surtout pour «conscientiser, stimuler, orienter». 

6 Accueil, écoute, discrétion

Appelée à vivre selon l'Évangile, la communauté religieuse est un lieu d'accueil mutuel. Premier acte dans la rencontre de l'autre, l'acte d'accueil a de l'impact direct sur la personne. De fait, de la qualité de l'accueil dépend la qualité de dialogue dont les trois lois sont: savoir écouter, reconnaître l'autre comme un interlocuteur valable, et répondre «au vrai de la demande». Sans cela, il est difficile de discerner ensemble la volonté divine sur chacun.

En effet, l'acte d'accueil doit s'accompagner de la capacité d'écoute, qui ne signifie pas seulement dresser les oreilles.

Cela signifie bien d'autres choses: je suis ici pour toi et je t'écoute avec l'esprit, le cœur, avec tout mon être... La capacité d'écoute suppose celle de susciter la confiance de l'autre, ce qui implique une série de vertus et d'attitudes: éviter la distraction, contrôler la manière de parler et le ton de la voix, avoir beaucoup de discrétion, avoir la grande liberté d'intervenir.

L'écoute de l'autre c'est l'écoute de Dieu. Voilà pourquoi la vraie communication avec l'autre doit tendre à une transformation réciproque des mentalités et des comportements. Elle doit laisser une marque d'amour et de mieux-être.

Mais concrètement combien savent écouter? Pour y arriver, il faut écouter humblement, patiemment, avec tout son cœur et en «renonçant à son esprit propre et à toute théorie, sinon on n'écoute pas, mais on interprète, on transforme». Puisque l'autre est différent et en même temps semblable à moi, je l'écoute vraiment si je respecte ce qu'il porte en lui d'unique. Voilà pourquoi nous devons nous éduquer à la discrétion, qui est un très grand signe d'honnêteté, de respect de la personne, de l'amitié. La discrétion consiste en effet, «à garder les confidences reçues ou à ne pas propager sans motif, paroles, actions ou faits dont la conscience pourrait causer dommage chez quelqu'un».

7. Simplicité et sens de responsabilité

Parmi ceux qui vont à la vie religieuse, beaucoup ont été attirés par la simplicité des membres de leur famille d'appartenance. Ce qui est simple attire, dit‑on. «Dieu est simple  (Deus simplex est)» d'après la théologie traditionnelle. Voilà pourquoi il nous attire tous à lui pour son service dans l'Église.

Ainsi, ne peut s'approcher de ce Dieu simple que celui qui cultive la simplicité de type psychologique et morale. La première consiste à atteindre l'unité ou l'harmonie intérieure. L'homme libéré de la domination des émotions, des états d'âme, peut dialoguer avec les autres sans peur ni remords anxiété ni agitation bien qu'avec prudence. Quant à la simplicité morale, elle consiste à saisir l'essentiel de la moralité. L'homme oriente sa volonté vers ce triple idéal: «Dieu à aimer, servir et rejoindre; les frères à aimer, servir, construire, sauver; et soi-même à aimer, construire, sanctifier et sauver».

Mais la simplicité suppose le sens de responsabilité dans la communauté, l'usage de la liberté intérieure pour son vrai bien et le bien des autres. Ainsi vouloir maintenir les sujets dans la condition de minorité psychologique et morale, de manière à ne pas parvenir à gérer leur propre vie, est une atteinte grave à la dignité humaine. Au sein de la communauté, la personne doit être rendue capable d'agir de manière responsable en fonction de sa croissance et de celle d'autrui. L'autorité perdrait son sens si on l'exerçait en étouffant les autres. Sa mission est de faire croître, grandir, donner vie.

8. Magnanimité et amour oblatif

La personne magnanime (de grand esprit) est celle «dont la générosité se manifeste par la bienveillance et la clémence» Ainsi, éduquer la personne consacrée à cette vertu, c'est l'aider à sortir du cercle de médiocrité qui consiste à ne voir que la «paille» de l’œil d'autrui et non la poutre de son propre œil.

En d'autres mots, c'est vouloir que la personne soit en mesure d'accorder de l'importance à ce qui est réellement important qu'aux futilités de la vie; qu'elle soit disposée à excuser facilement les manquements des autres personnes et à reconnaître avec simplicité ses propres limites. «L'humilité ne consiste pas d'abord en des attitudes à adopter: elle exprime une façon d'être et de se situer, la façon dont l'homme se considère dans la position qu'il assume au cœur du monde et en face de Dieu»[20].

La personne consacrée doit posséder cette vertu parce qu'elle conduit à l'amour oblatif, la motivation de notre vocation. En effet, l'amour oblatif «pousse à nous donner à l'autre de manière désintéressée, jusqu'à l'oubli et au sacrifice de nous-mêmes», car il pousse à aimer l'autre pour ce qu'il est. On pourrait dire que l'homme n'est pas mûr aussi longtemps qu'il n'a pas atteint cet amour qui poussa le Christ jusqu'à la croix.

9. Douceur, beau trait, sourire

S'il est vrai que l'homme en tant qu'esprit et corps communique à travers des paroles et des gestes, les vertus psychologiques et morales que nous venons d'examiner doivent être manifestées, extériorisées de manière adaptée. De fait, la vie chrétienne est une réalité dynamique. Elle tend à se manifester dans les oeuvres et dans le style de vie, ou mieux «le comportement extérieur dérive de la vie intérieure et celle-ci implique la transformation du mode de sentir, de penser, d'agir en accord avec le sens du Christ connu dans l'Église (cf. Ephésiens 4, 2223)»[21].

Ainsi, dans la personne mûre, la douceur, le beau trait, le sourire sont l'expression spontanée d'un amour mûr, car oblatif. La douceur de Jésus «doux et humble de cœur» (Matthieu 11, 29), est une docilité dans l'abandon à la volonté de Dieu. La nôtre «réfrène en nous les mouvements de la colère ou d'une agressivité mal contrôlée. Elle favorise la maîtrise de soi, donc la charité fraternelle, révélant alors les formes de la mansuétude et de l'affabilité». C'est la vertu de la juste colère (2 Timothée 2, 25).

Chez les responsables de communautés, l'absence de ces trois vertus qui ont une grande valeur de témoignage ne favorise guère le rapprochement les uns des autres. Elle engendre plutôt la peur, les frustrations et l'hypocrisie.

Ma conviction est qu'il n'y a pas de vie communautaire authentique sans vraie joie, sans vraie paix dans la communauté religieuse. Il s'agit de la joie qui vient de la communion avec Dieu et avec d'autres frères. Tandis que la paix vient de l'ordre, de l'accord avec la volonté de Dieu et avec les autres hommes[22]. La paix est donc le signe de la conformité à la volonté de Dieu, conséquence de la lutte avec les puissances hostiles à Dieu (cf. Ep 6, 15) et signe de la victoire du Christ.

Autant de vertus humaines capables de nous aider à faire de nos communautés un paradis sur terre, comme aimait le dire saint Eugène de Mazenod. Accepter de s'évangéliser en communauté, c'est épouser la logique du changement vers la sainteté.

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Partage de synthèse
 (Jour3)

En ce troisième jour, un carrefour pas comme les autres.

A la lumière de ce que nous venons de dire sur les vertus humaines, quels sont les points forts et les points faibles de votre style de vie communautaire actuellement vécue et quel remède préconisez-vous?

Le P. Giancarlo ouvre le débat en suggérant de laisser à chaque communauté d’en saisir toutes les dimensions.

Pour le P.Giancarlo, il faut que chaque responsable de communauté fasse son travail: «Ici il y a du matériel qui doit être vu ensemble dans chaque communauté!… Toute communauté est capable et a le temps de le faire!…».

Finalement, le P. Jean Bosco nous donne son impression de la session:

Merci de la confiance!… Ma grande joie est d’avoir fait votre connaissance!… Je me suis senti membre de la grande Famille Oblate!… Certainement, ce n’est pas nouveau ce que j’ai senti chez vous, mais j’admire une chose: la soif du Christ et de fidélité à Lui qui nous a appelé à Le suivre. Cultivons cela pour le donner au monde!… La prise de conscience, dans la simplicité, des points faibles est un signe de maturité (…), capacité d’entrer en soi pour s’améliorer (…). Cette charité doit être présente pour grandir ensemble et la diffuser autour de nous, comme le disait le Fondateur… Ce que je souhaite est que vous puissiez retenir ce que l’Esprit vous a inspiré à travers mes notes!…

Le P. Giancarlo le félicite en disant

Nous tous, nous sommes très satisfaits de l’apport que nous avons reçu par toi, grâce à ton expérience de vie. Merci pour les conseils!… Nous voulons vivre une vie fraternelle en communauté en commençant nous-mêmes notre conversion… Espérons que tout cela ne restera pas là!… Maintenant il faut traduire en vie ce que nous avons écouté...

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Conclusion
Synthèse de la session sur la vie communautaire

A la fin de la session, le P. Jean Bosco a bien voulu nous donner un message de synthèse de nos travaux, message qu'il a lu pendant la Messe et qu'il a confié au Supérieur de Délégation. Voici le texte:

"POUR REPONDRE COMME OBLATS AUX BESOINS DE SALUT DANS LE SENEGAL D’AUJOURD’HUI, LA COMMUNAUTE S’EVANGELISE"

Tel est le thème que nous avons choisi et que nous venons d’approfondir en trois jours de session, afin d’entreprendre réellement un chemin de conversion continue, personnelle et communautaire.

Les pistes de réflexion suggérées par l’animateur de la session nous ont fait comprendre la nécessité de faire de notre vie «une attente fervente du Christ» et d’être fidèles au Christ, à l’Eglise, à notre institut et à l’homme de notre temps (VC 110). A condition de «travailler sérieusement à devenir des saints», comme le voulait Saint Eugène De Mazenod.

De nos fructueux échanges et discussions combien fraternelles découlent certaines lignes de force que nous pouvons qualifier de priorité à poursuivre cette année et à réaliser avec la grâce de Dieu et le secours de la Vierge Marie notre Mère.

A/ APPROCHE SPIRITUELLE ET RELIGIEUSE DE LA VIE COMMUNAUTAIRE

Nous sommes habités par un désir fondamental:

  1. De mettre davantage le Christ au centre de notre vie personnelle et communautaire, ou mieux de soigner la qualité de notre «être avec le Christ», en dehors de qui nous ne pouvons rien faire (Jean 15, 5).
  2. De faire soi-même l’expérience de Dieu, afin de partager avec conviction notre foi en communauté et d’avoir un regard de foi sur la communauté qui est une oeuvre divine.
  3. De prendre au sérieux, notre consécration religieuse en nous remettant résolument dans le projet de Dieu sur nous et dans la logique de son appel qui consiste essentiellement à Aimer, à Servir et à Témoigner par la fidélité à nos vœux de religion.  

Pour parvenir à ces 3 objectifs, il faut combattre énergiquement:

  1. L’activisme.
  2. La dispersion ou le manque de concentration,
  3. Le manque d’enthousiasme religieux.

B/ APPROCHE PSYCHOLOGIQUE ET HUMAINE DE LA VIE COMMUNAUTAIRE

Appelés à la communion fraternelle, «  afin que tous soient un» (Jn 17, 21), nous sommes pourtant à la fois semblables et différents les uns des autres. Nous sommes conscients de renoncements à nous imposer. Pour plus d’harmonie communautaire, nous devrions cultiver davantage:

  1. La maturité humaine et la liberté intérieure.
  2. Le sens d’appartenance à la congrégation et à la communauté.
  3. La valorisation de la personne humaine, «image de Dieu», et la coresponsabilité dans la croissance de chacun et de la communauté. 

C’est un travail de longue haleine. Pour y parvenir sûrement il nous faut:

  1. L’Amour qui brise toute barrière et permet de faire ce qu’on veut, dans la liberté et la vérité.
  2. La confiance et la patience.
  3. Un accompagnement spécialisé pour guérir les blessures profondes qui nous accompagnent parfois.

C/ APPROCHE METHODOLOGIQUE DE LA VIE COMMUNAUTAIRE

Nos Constitutions et Règles définissent clairement les structures de la vie communautaire. Nous essayons de nous conformer également aux directives de la congrégation. Compte tenu, cependant, de nos incohérences internes et de nos limites, nous sommes conscients de l’urgence de bousculer nos manières traditionnelles de penser et d’agir.

Il nous faut le courage de réinventer la communauté en répondant au défi de l’éducation aux vertus humaines ( psychologiques et morales), comme l’exigent les Actes du 33° chap. général (1998) au n° 17: «Audacieux pour l’Évangile».

Afin d’être toujours «le sel de la terre et la lumière du monde» (Matthieu 5, 13-16) et de faire de nos communautés le lieu de croissance intégrale et de dialogue constructif, nous devons davantage cultiver:

  1. La droiture intérieure, l’intention droite ou la conformité à la volonté de Dieu qui se manifeste par l’amour oblatif et le sens de la croix.
  2. La simplicité, l’accueil, l’écoute, l’ouverture et l’amitié vraie.
  3. La douceur, le beau trait et le sourire, à l’instar du Christ «doux et humble de cœur». 

Pour y parvenir plus efficacement, nous devons:

  1. Combattre les complexes d’infériorité et de supériorité.
  2. Créer un climat de joie et de confiance.
  3. Favoriser le courage non seulement de commencer ou de recommencer en cas de blocage relationnel, mais aussi de continuer dans la réconciliation sincère.

Somme toute, nous sommes engagés sur le pas de conversion évangélique en nous donnant entièrement à la perfection chrétienne. Celle-ci n’a d’autre manifestation que l’équilibre, l’épanouissement, la sérénité intérieure et le calme extérieur.

Soyons donc des religieux Oblats de Marie Immaculée heureux et joyeux: «Les hommes de notre temps veulent voir dans les personnes consacrées la joie qu’ils ressentent en étant avec le Seigneur» (VC 109).

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Notes:

[1] Cf. BERNARD C. André, Traité de théologie spirituelle, Paris, Cerf, 1986, p. 402-405.

[2] COURTOIS Gaston, Quand le Seigneur parle au cœur, Paris, 3` éd., Médiaspaul, 1995, p.

[3] MUSUMBI Jean B., Religieux africain de l'an 2000. Problèmes et urgences, Kinshasa, Baobab, 1994.

[4] Évangéliser les pauvres à l'aube du troisième millénaire. Actes du 33 Chapitre général, 1998, n. 27-28.

[5] Cf de MARTINI Nicola, Qualcuno mi ha chiamato, 3a ediz., Leumann (Torino), Elle Di Ci, 1990, p. 211-233.

[6] Cf. CIARDI Fabio, «La communauté religieuse, signe d'espérance», in Vie Oblate Live, (s.d.) F161-162.

[7] VANIER Jean, La communauté, lieu du pardon et de la fête, Paris, Fleuras, 1979, p. 11.

[8] ] Cf. de COUESNONGLE V., Op. cit.

[9] Cf. BERNARD C. André, Op. Cit., p. 402-403.

[10] VATA Diambanza, La communauté, lieu de l’accueil mutuel. Vivre en communautés missionnaires apostoliques, Kinshasa, Saint Paul Afrique, 1991, p. 7.

[11] de MEESTER Paul, L'Église d Afrique hier et aujourd'hui, Kinshasa, St Paul Afrique, 1980, 182. Voir «Les jeunes africains en quête de leur identité», in Mbegu n. 27. Lubumbashi, 1987.

[12] 'Cf. ZAVALLONI R, "Maturité spirituelle", in DVSp., p. 662s.

[13] COURTOIS Gaston, Op. cit., p. 219.

[14] BRUGUES J.-Louis, Dictionnaire de Morale Catholique, Chambray, C.L.D., 1996, p. 467‑8.

[15] Sur ce point, voir essentiellement la liste établie par De MARTINI Nicola, Op. cit., p. 264‑285.

[16] Voir Petit LAROUSSE Illustré, 1990.

[17] CHITTISTER Joan, Le feu sous les cendres. Une spiritualité pour la vie religieuse contemporaine, Québec, Bellarmin, 1998, p. 113.

[18] BRUGUES J.-Louis, Op. cit., p. 359.

[19] BRUGUES J.*Louis, Op. cit., p. 325.

[20] MONGILLO D., "Humilité", in DVSp., op. cit., p. 521.

[21] Voir BERNARD C. André, Op. cit., p. 20-21.

[22] Cf. MULHEN Heribert, “Vous recevrez le don du Saint Esprit“. Le renouveau spirituel, vol. 1, Paris, Centurion, 1982, p. 191.

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