Nous sommes le 16/11/2018 et il est 12h35 TU+2 - "L'Eglise attend de vous tous un puissant secours dans sa détresse" (Eugène de Mazenod, 1823)

Communauté pour la mission

Entretien avec les Sœurs DDM, Kinshasa le 17 mars 2001
(jb musumbi)

Introduction

Par le choix de ce thème combien précieux, vous vous engagez résolument sur un chemin de conversion personnelle et communautaire en vue de la mission évangélisatrice. Or, la mission, “avant de se caractériser par les œuvres extérieures, consiste à rendre présent au monde le Christ lui-même par le témoignage personnel” (VC 72). C’est donc un désir profond de conversion qui vous anime toutes pour plus d’efficacité missionnaire.

Entendons par “conversion” le retournement vers Dieu. Selon le père Lallemant, auteur Jésuite du XVIIe siècle, il arrive ordinairement deux conversions à la plupart de ceux qui se rendent parfaits: l’une par laquelle ils se dévouent au service de Dieu, l’autre par laquelle ils se donnent entièrement à la perfection. Mais en Spiritualité on parle aussi de première conversion, quand la personne décide de considérer toute sa vie à la lumière de la foi. Le sens de la vie change et, peu à peu la vie spirituelle Communauté OMI Limete Kinshasaprend forme. La vocation religieuse et sacerdotale présuppose cette première conversion. La seconde conversion, par laquelle la personne se soumet totalement à l’action de Dieu et se propose de suivre toujours l’inspiration divine pour parvenir à la plénitude de la vie spirituelle[1].

Voilà pourquoi la démarche me paraît fondamentale. En effet, comme l’observe Gaston Courtois,

trop d’hommes, trop de femmes, trop de prêtres, trop de religieux à l’heure actuelle se croient avec orgueil autorisés à réformer l’Eglise au lieu de commencer par se réformer eux-mêmes et par former autour d’eux humblement des disciples fidèles, non à ce qu’ils pensent, mais à ce que Jésus pense[2].

Il s’ensuit que l’efficacité de l’évangélisation dépend en gros de la qualité de notre attachement à Jésus-Christ. Voilà pourquoi, appelés essentiellement à aimer, à servir et à témoigner, les religieux doivent vivre comme le Christ (amour de ressemblance), vivre avec le Christ (amour d’intimité), et vivre pour le Christ (amour d’abandon). C’est seulement à cette condition qu’à l’instar des Apôtres nous pourrions avec conviction dire aux gens chez qui nous sommes envoyés: “Ce que nous avons entendu, ce que nous avons vu de nos yeux, ce que nous avons contemplé et que nos mains ont touché du Verbe de vie… nous vous l’annonçons… pour que votre joie soit complète” (1 Jean 1:1-4).

Telle est en fait la signification profonde de l’évangélisation. Elle n’est autre qu’annoncer au monde l’Evangile (Matthieu 28:19; Marc 16:15) et être témoin du Christ (Actes 1:8). La communauté qui désire s’évangéliser devrait tenir compte de ces deux aspects complémentaires du service de l’évangélisation. En effet, comment peut-on évangéliser sans témoigner? et comment témoigner sans éprouver le besoin d’annoncer la Bonne Nouvelle de Jésus Christ?

Pour plus d’efficacité missionnaire, la communauté doit commencer par s’évangéliser. Pour ce, mon partage se veut être un approfondissement de la réflexion déjà amorcée dans la plaquette Religieux africain de l’an 2000, relative aux chances de la vie religieuse “africaine”[3]. Il comportera deux articulations, à savoir: 1. Sens spirituel et religieux de la vie communautaire; 2. Communauté lieu d’intersubjectivité et de croissance.

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I. Sens spirituel et religieux de la vie communautaire

1. Signification de la communauté

La communauté se présente comme un don que Dieu nous fait, une bonne nouvelle pour l’Eglise et le monde, une mission pour les personnes consacrées, un lieu de croissance intégrale, à condition de se construire sur le Christ et que la prière imprègne sa vie, qu’il y ait partage de la foi et de la vie, un style de vie simple conformément aux vœux de religion, la vie de pardon et de réconciliation[4]. M’inspirant essentiellement de ces orientations, voici comment je conçois la communauté religieuse.

- Une communauté chrétienne authentique: elle sous-entend les trois effets du baptême, à savoir:

La vie spirituelle provient de Dieu, elle est reçue dans la foi et elle se manifeste dans l’amour et dans la joie. La vie spirituelle est “un itinéraire de fidélité croissante, où la personne consacrée est conduite par l’Esprit et configuée par lui au Christ, en pleine communion d’amour et de service dans l’Eglise” (VC 93). Sous cet angle, la foi est la racine et la condition de la vie spirituelle (Hébreux 11:1.6).

- Cadre par excellence du radicalisme évangélique: renoncement à soi, le portement de la croix et la sequela christi (Marc 8:34).

- Lieu caractérisé par “l’être-ensemble” au nom de Jésus-Christ: d’où l’engagement par les vœux d’obéissance, de pauvreté et de chasteté. Ceci n’est possible que pour qui se sent appelé ou qui a réellement la vocation. Or, la vocation interne (réponse de l’homme à l’appel de Dieu) se vérifie par ce triple aspect:

- D’inspiration évangélique. “Qu’ils soient un come Toi, Père, Tu es en moi… pour que le monde croie que tu m’as envoyé” (Jean 17:21).

Les religieux appelés par Dieu à suivre le Christ dans ses exigences évangéliques, par la consécration religieuse, s’engagent dans leur don total à Dieu, à une imitation plus radicale du Christ, à vivre pour Lui et pour son corps qu’est l’Eglise. La profession religieuse, expression la plus totale de la consécration baptismale, est leur réponse à l’amour du Christ. Leur fidélité à cette consécration entraînera les croyants à vivre les exigences de leur vocation chrétienne et à désirer les biens du ciel. Raison pour laquelle leur communauté doit se distinguer par la fraternité, l’accueil, la communication, l’amitié, le dialogue, l’égalité, la mobilité.

- Lieu de communion fraternelle. Depuis Vatican II, grâce à la découverte de la personne au sein de la communauté et de la réalité du monde, la communauté religieuse est passée de la communauté d’observances ou communauté uniformité à une communauté de communion, une dimension plus évangélique. Désormais, la communauté de communion est celle caractérisée par l’authenticité des rapports humains, les partages de la foi (prière, eucharistie…)[5]. En effet, “le climat de charité fraternelle engendre la sincérité, l’ouverture, la confiance, le sens de l’amitié, le sens de responsabilité”.

Et puisque l’Eglise est essentiellement communion, les religieux veulent être une réalisation particulièrement intense de l’Eglise[6]. Dans ce sens, la communauté religieuse est un signe particulièrement intense et permanent de cette communion ecclésiale, basée sur la Trinité. Aussi devient-elle, d’après Fabio Ciardi, un signe d’espérance pour l’Eglise et pour le monde, une tâche et un engagement pour les religieux[7]. Voilà pourquoi nous disons avec Jean Vanier “une communauté n’est une communauté que quand la majorité des membres est en train de faire le passage de la ‘communauté pour moi’ à ‘moi pour la communauté’”[8].

2. Quelques conditions de la charité

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II. Communauté lieu d’intersubjectivité et de croissance

1. L’homme un être fait pour la communion

L’être humain, homme ou femme, est fait pour la communion et il ne peut s’accomplir que dans la relation interpersonnelle authentique. De fait, en anthropologie philosophique, l’homme est un être relationnel. A l’instar de son Créateur, Amour dans la profondeur de son être, en ses trois personnes divines qui se regardent, s’ouvrent, se donnent, s’accueillent et vivent d’une seule vie (Jean 10:30.38; 14:9-10; 17:20-23), l’homme en tant qu’être libre et responsable, doit créer la communion avec Dieu et avec ses semblables. Sa vraie identité, c’est la communion ou la solidarité. Or l’amour demande un amant et un aimé, un "Tu" et un "Je". La communion naturelle n’est autre que vouloir être une aide l’un pour l’autre.

En effet, redisons-le, la communauté est le lieu où les membres vivent une profonde intersubjectivité par vocation, lieu de relations vraies, “lieu privilégié de l’affrontement de l’autre en tant que ‘autre ‘, dans sa différence et dans sa spontanéité, capable de me mettre en question et de me révéler à moi-même en me promouvant”[11].

2. Vivre de relations vraies

La vérité de la relation interpersonnelle authentique se reconnaît, d’après Laurent Boisvert, à la présence simultanée de trois éléments relatifs à soi et à l’autre: la perception, l’acceptation et l’actualisation.

  1. La perception de soi et de l’autre. Une connaissance lucide et objective est indispensable à la relation vraie. Cette connaissance porte d’abord sur soi, car on ne peut percevoir l’autre dans sa réalité si on est incapable de se percevoir soi-même avec objectivité. Chacun a donc avantage à se poser quelques questions. Ai-je conscience de mon corps d’homme avec ses besoins et son langage, sa beauté et ses imperfections? Ai-je le courage de regarder mes forces et mes faiblesses? Une connaissance objective de soi rend capable de porter sur l’autre un regard lucide. Mais cette perception est à la fois stimulante et souffrantes. Seule est libératrice la perception juste et sereine de soi et de l’autre.
  2. L’acceptation de soi et de l’autre. Cette double acceptation est intimement liée: dans la mesure où on est capable de s’accepter soi-même, on devient capable d’accepter l’autre. Chacun doit donc tendre à l’accueil serein de son être total. Il doit également accepter son être marqué par un passé qui, pour une large part, ne dépend pas de lui: être né en ville ou à la camapgne, dans un milieu riche ou pauvre, européen ou africain. De plus, chacun doit accueillir l’autre inconditionnellement. Voilà qui fonde la capacité de vivre en communauté et la relation interpersonnelle authentique.
  3. L’actualisation de soi et de l’autre. Chacun aspire à être davantage, à s’accomplir au maximum. Le chemin pour y parvenir a comme point de départ obligatoire la perception lucide et l’acceptation courageuse de son être. De plus, l’effort doit être orienté vers ce que chacun porte en lui et peut devenir. S’il est heureux de ce qu’il peut être, satisfait de devenir ce qu’il est, il actualisera ses potentialités dans la paix et la confiance. Il s’aimera tel qu’il et comme Dieu l’aime. Il ne cherchera pas à devenir ce que l’autre veut qu’il soit pour échapper à ses propres différences. Cette attitude à l’égard de lui-même le rend capable d’aider l’autre à devenir ce qu’il peut être dans sa vérité propre. Agir ainsi, c’est vraiment aimer l’autre.

Malheureusement,

avec les meilleures intentions, on a parfois tendance à imposer à l’autre sa propre manière de voir, ses attitudes et comportements personnels. On est convaincu que les moyens de croissance qui ont porté en nous des fruits positifs produiraient les mêmes résultats si on les appliquait à l’autre... Il y aura là une négation de l’altérité des autres: culture, sensibilité, langage, préoccupations, intérêts, etc. Aider les autres à être parfaitement eux-mêmes, si différents soient-ils de nous, voilà ce que signifie les aimer. Le contraire s’appelle aliénation ou destruction[12].

3. Quelques causes d’incompréhension

Trois causes d’illusion méritent d’être mentionnées.

  1. La première, c’est que certains religieux pensent que la communauté est un endroit de sécurité. D’où la recherche acharnée d’une protection éphémère qui ne cultive que l’irresponsabilité.
  2. La seconde, c’est que d’autres pensent que la communauté est une réponse aux intérêts personnels. D’où la course parfois aux biens matériels pour soi ou pour sa famille.
  3. La troisième, enfin, c’est que d’autres enocre croient que la communauté est un collectif d’uniformité et de nivellement. D’où l’obsession de se comparer aux autres, qui n’engendre que jalousie, inquiétude, complexes.

Trois problèmes troublent également la vie communautaire.

  1. Tout d’abord la différence culturelle. Très souvent, le fait d’appartenir à différents groupes culturels ayant chacun sa façon de penser, d’agir et de concevoir les choses complique les rapports interpersonnels.
  2. Ensuite, l’agressivité. Ceux qui ne se sentent pas acceptés dans la communauté tendent à tout contester, ce qui est signe de personnalité non équilibrée totalement et de profonde insatisfaction devant la fonction à exercer.
  3. Et, enfin, la conflictualité. Les différences sociales et les différences des générations excitent souvent les membres d’une communauté à s’opposer les uns aux autres.

Un constat évident, les jeunes de nos sociétés actuelles sont en relations conflictuelles avec leurs parents et leurs aînés. La modernité et la perte des croyances traditionnelles en Afrique ont suscité la crise de l’autorité. En effet, “les jeunes se trouvent à l’étroit dans les anciens cadres qui freinent ou bloquent leur désir d’épanouissement”[13]. Aussi accusent-il le passé d’être cause des malheurs du présent. Voilà qui explique la tendance au refus de l’autorité.

Il convient de signaler, en outre, qu’il existe des conflits “sans cause” dans nos communautés. Ces conflits, souvent produits de l’aigreur, sont fréquents là où il y a des religieux à problèmes. L’ouverture faisant défaut, il est difficile d’y envisager un quelconque remède. A quoi est dû ce genre d’attitude? A plusieurs facteurs dont voici les plus importants: manque du regard de foi (conversion), manque de motivation surnaturelle, manque de sincérité, sentiment de non appartenance, bref le manque de maturité humaine.

Il s’ensuit que beaucoup de failles dans la vocation religieuse s’expliquent par l’immaturité des sujets. Malheureusement, les éducateurs restent plus attentifs à la culture intellectuelle des sujets qu’à la formation proprement affective. Voilà pourquoi, il convient, d’accorder de l’importance aux vertus humaines (psychologiques et morales) et à la maturation des membres. Entendons par vertu (virtus), “la disposition constante qui porte à faire le bien et à éviter le mal”. Ou mieux,

la vertu propose une éthique de la construction de soi. Elle humanise l’homme en faisant de lui un être harmonieux. Elle lui donne de conquérir une pleine libertée d’autonomie contre les servitudes, les automatismes et les déterminismes extérieurs à sa volonté. Elle l’affermit dans son vrai bien. Elle l’ordonne à sa fin, Dieu[15].

Je m’arrêterai à quelques-unes de ces vertus qui favorisent la croissance de l’homme au sein de sa communauté. Ma conviction est qu’on ne peut pas être chrétien et religieux authentique si l’on n’est pas homme complet[16].

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1. Loyauté, respect et confiance

Le respect et la confiance dans les autres sont un fruit de l’Esprit (Galates 5:22). Avec la découverte de la personne au sein de la communauté, un peu partout l’accent est mis sur l’importance de la personne, le respect de ses aptitudes et de son cheminement intérieur, l’importance de la responsabilité personnelle. En effet, chaque homme, image de Dieu est digne de respect et d’estime même si ses idées sont fausses, même si son comportement est répréhensible. Le respect nous aide à ne pas sous-estimer les autres et les faire souffrir, à les estimer et à leur montrer cette estime digne de la personne humaine, à les aider à réaliser pleinement leur personne.

La personne consacrée a besoin non seulement de ce type de respect mais aussi de la confiance. Car, “on ne peut pas éduquer si l’éduqué se rend compte que l’éducateur n’a pas confiance en lui”. Entendons par confiance, “le sentiment de sécurité de celui qui se fie à quelqu’un, à quelque chose… sans crainte d’être trompé, sans hésiter, en toute sûreté”. C’est la veru qui nous pousse à nous confier aux autres, à leur bonté, à leur possibilité de récupération. De fait, “toute relation humaine repose sur la confiance, c'est-à-dire sur le sens de la parole donnée. Nous faisons confiance à quelqu’un lorsque nous recevons les engagements qu’il nous prodigue comme des certitudes. Nous savons qu’il ne nous trahira pas.

Rien de plus écœurant que la méfiance, le manque de respect envers la personne humaine et le manque de loyauté. Par loyauté, “test de la valeur humaine d’une personne et du respect que cette personne a envers les autres”, l’homme maintient la parole donnée.

2. Courage et patience

Le courage est la vertu humaine “qui m’aide à affronter, avec calme et sérénité, les situations difficiles de la vie”, tandis que la patience “me pousse à supporter avec grande sérénité intérieure et grand calme extérieur les adversités qui proviennent des situations ou des personnes”. “C’est par votre patience que vous réussirez vore vie” (Luc 21, 19). La patience est une vertu fondamentale. “Elle garantie notre équilibre. Elle protège toutes les autres vertus contre les désordres que provoque l’impatience. A cause de ce qu’elle suppose de ténacité et d’effort volontaire, la patience doit s’accompagner de la douceur pour ne pas exposer notre cœur à la sécheresse”[17].

Face aux difficultés inhérentes à la vie consacrée, les disciples du Christ devraient avoir le courage chrétien qui conduit au martyre, qui a pour base la conviction que Dieu est le Rocher de l’homme. “Seul l’homme courageux fait des grandes choses”. Mais la grâce du Seigneur conférée au supérieur ne le dispense pas d’un dialogue patient et fraternel avec la communauté. Tous, ensemble avec le supérieur, sont coresponsables dans la recherche et dans l’accomplissement de la volonté de Dieu.

3. Sincérité, ouverture, confidence

Les religieux doivent cultiver la sincérité, l’ouverture et la confidence. La sincérité consiste à ne pas dire ce qui et faux et à ne pas se comporter faussement. Sans la vertu fondamentale qu’est la sincérité on construirait sa vie spirituelle sur le sable. Car l’homme sincère est celui qui est vrai avec lui-même. “La sincérité implique que la force des sentiments s’incline devant la fidélité aux décisions libres qui structurent l’existence morale”.

L’ouverture consiste à ouvrir les secrets de son cœur à la personne qui mérite notre confiance. Elle exige pafois un certain effort par manque de simplicité, d’humilité ou de confiance en l’autre. Tandis que la confidence consiste à ouvrir les secrets de son cœur à une personne à qui on se confie en profondeur. C’est la vertu des amis. Elle ne comporte plus d’effort, mais douceur, suavité, soulagement. “Je vous appelle amis, parce que tout ce que j’ai entendu de mon père, je vous l’ai fait connaître” (Jean 15:15).

A l’instar de Jésus qui fut l’homme de la sincérité, très doux envers les pécheurs sincères mais très sévère envers les pharisiens hypocrites, les religieux doivent entretenir de franches relations entre eux et avec le monde qui les entoure. Ils doivent surtout tenir à la parole donnée, sans compromission aucune. Le responsable doit être présent dans la communauté, “non pas pour commander, contrôler, punir”, mais surtout pour “conscientiser, stimuler, orienter”.

4. Accueil, écoute, discrétion

Appelée à vire selon l’Evangile, la communauté religieuse est un lieu d’accueil mutuel. Premier acte dans la rencontre de l’autre, l’acte d’accueil a de l’impact direct sur la personne. De fait, de la qualité de l’accueil dépend la qualité de dialogue dont les trois lois sont: "avoir écouter, reconnaître l’autre comme un interlocuteur valable, et répondre “au vrai de la demande”. Sans cela, il est difficile de discerner ensemble la volonté divine sur chacun.

En effet, l’acte d’accueil doit s’accompagner de la capacité d’écoute, qui ne signifie pas seulement dresser les oreilles.

Cela signifie bien d’autres choses: je suis ici pour toi et je t’écoute aVec l’esprit, le cœur, avec tout mon être… La capacité d’écoute suppose celle de suciter la confiance de l’autre, ce qui implique une série de vertus et d’attitudes: éviter la distraction, contrôler la manière de parler et le ton de la voix, avoir beaucoup de discrétion, avoir la grande liberté d’intervenir.

L’écoute de l’autre c’est l’éoute de Dieu. Voilà pourquoi la vraie communication avec l’autre doit tendre à “une transformation réciproque des mentalités et des comportements. Elle doit laisser une marque d’amour et de mieux-être.

Mais concrètement combien savent écouter? Pour y arriver, il faut écouter humblement, patiemment, avec tout son cœur et en “renonçant à son esprit propre et à toute théorie, sinon on n’écoute pas, mais on interprète, on transforme”. Puisque l’autre est différent et en même temps semblable à moi, je l’écoute vraiment si je respecte ce qu’il porte en lui d’unique. Voilà pourquoi nous devons nous éduquer à la discrétion, qui est un très grand signe d’honnêteté, de respect de la personne, de l’amitié. La discrétion consiste en effet, “à garder les confidences reçues ou à ne pas propager sans motif, paroles, actions ou faits dont la conscience pourrait causer dommage chez quelqu’un”.

5. Simplicité et sens de responsabilité

Parmi ceux qui vont à la vie religieuse, beaucoup ont été attirés par la simplicité des membres de leur famille d’appartenance. Ce qui est simple attire, dit-on. “Dieu est simple" (Deus simplex est), d’après la théologie traditionnelle. Voilà pourquoi il nous attire tous à lui pour son service dans l’Eglise.

Ainsi, ne peut s’approcher de ce Dieu simple que celui qui cultive la simplicité de type psychologique et morale. La première consiste à atteindre l’unité ou l’harmonie intérieure. L’homme libéré de la domination des émotions, des états d’âme, peut dialoguer avec les autres sans peur ni reports, sans anxiété ni agitation bien qu’avec prudence. Quant à la simplicité morale, elle consiste à saisir l’essentiel de la moralité. L’homme oriente sa volonté vers ce triple idéal: “Dieu à aimer, servir et rejoindre; les frères à aimer, servir, construire, sauver; et soi-même à aimer, construire, sanctifier et sauver”.

Mais la simplicité suppose le sens de responsabilité dans la communauté, l’usage de la liberté intérieure pour son vrai bien et le bien des autres. Ainsi vouloir maintenir les sujets dans la condition de minorité psychologique et morale, de manière à ne pas parvenir à gérer leur propre vie, est une atteinte grave à la dignité humaine. Au sein de la communauté, la personne doit être rendue capable d’agir de manière responsable en fonction de sa croissance et de celle d’autrui. L’autorité perdrait son sens si on l’exerçait en étouffant les autres. Sa mission est de faire croître, grandir, donner vie.

Autant de vertus humaines capables de nous aider à faire de nos communautés un paradis sur terre. Accepter de s’évangéliser en communauté, c’est épouser la logique du changement vers la sainteté. Pour plus d’efficacité missionnaire.

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Notes:

[1] Cf. BERNARD C.-André, Traité de théologie spirituelle, Paris, Cerf, 1986, p. 402-405.

[2] COURTOIS Gaston, Quand le Seigneur parle au cœur, Paris, 3e éd., Médiaspaul, 1995, p.

[3] MUSUMBI Jean B., Religieux africain de l’an 2000. Problèmes et urgences, Kinshasa, Baobab, 1994.

[4] Evangéliser les pauvres à l’aube du troisième millénaire. Actes du 33e Chapitre général (OMI), 1998, n. 27-28.

[5] Cf. de COUESNONGLE V., “Communauté de vie”, in DVSp, Paris, Cerf, 1987, p. 152-161.

[6] Cf. de  MARTINI Nicola, Qualcuno mi ha chiamto, 3a ediz., Leumann (Torino), Elle Di Ci, 1990, p. 211-233.

[7] Cf. CIARDI Fabio, “La communauté religieuse, signe d’espérance”, in Vie Oblate Life, F161-162.

[8] VANIER Jean, La communauté, lieu du pardon et de la fête, Paris, Fleurus, 1979, p. 11.

[9] Cf. de COUESNONGLE V., Op. cit.

[10] Cf. BERNARD C.-André, Op. Cit., p. 402-403.

[11] VATA Diambanza, La communauté, lieu de l’accueil mutuel. Vivre en communautés missionnaires apostoliques, Kinshasa, Saint Paul Afrique, 1991, p. 7.

[12] Cf. BOISVERT Laurent, Le célibat religieux, Paris, Cerf, 1990, 79s.

[13] de MEESTER Paul, L’Eglise d’Afrique hier et aujourd’hui, Kinshasa, St Paul Afrique, 1980, 182. Voir “Les jeunes africains en quête de leur identité”, in Mbegu n. 27, Lubumbashi, 1987.

[14] Cf. ZAVALLONI  R., “Maturité spirituelle”, in DVSp., p. 662s.

[15] BRUGUES J.-Louis, Dictionnaire de Morale Catholique, Chambray, C.L.D., 1996, p. 467-8.

[16] Sur ce point, voir essentiellement la liste établie par De MARTINI Nicola, Op. cit., p. 264-285.

[17] BRUGUES J.-Louis, Op. cit., p. 325.

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