Ministère de justice, paix et intégrité de la création

Lettre du Supérieur général

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Chers confrères oblats,

Je vous écris cette fois sur le ministère de justice, paix et intégrité de la création. C’est un aspect de la mission de l’église qui revêt une couleur particulière selon les époques. Certaines des images qui me viennent à l’esprit sont celles du diacre Laurent pour qui les pauvres étaient le trésor de l’église, de François d’Assise embrassant le lépreux et, plus près de nous, Eugène de Mazenod prêchant à La Madeleine et visitant les prisonniers et les malades. Ces images nous inspirent encore.

Au cours des années, cependant, la pastorale sociale a changé. Au siècle dernier, l’Action catholique est devenue une forme privilégiée de la pastorale sociale. Nous avons été témoins de grands rassemblements autour d’hommes charismatiques tels que Martin Luther King ou, plus récemment, la campagne du jubilé en faveur de l’extinction de la dette extérieure des pays en voie de développement. Les gens se sont unis pour réclamer l’interdiction des mines anti-personnelles, la libération des enfants-soldats ou la réalisation d’une entente mondiale sur l’environnement. Aujourd’hui, nous entendons monter sans cesse non seulement le cri des indigents mais aussi l’appel en faveur d’un changement des structures politiques pour atteindre une justice plus grande, une paix plus grande et un respect plus grand des ressources limitées de la terre.

Au début du troisième millénaire, quelle forme prendra la pastorale sociale des Oblats? Ouvrir notre bourse et faire l’aumône aux pauvres seraient trop simples. Pourquoi, avec toute l’aide du monde, les pauvres deviennent-ils encore plus pauvres et les riches toujours plus riches? Nous vivons aussi à une époque où les idéologies politiques ne tiennent plus. Souvent, nos modèles élémentaires d’interprétation ne peuvent pas saisir toute la complexité de la mondialisation actuelle. Cependant, de nouvelles façons de présenter la dimension sociale de l’évangile sociale apparaissent, même dans ce monde complexe, comme nous le voyons dans la vie et le témoignage de gens comme le pape Jean-Paul II, Mère Teresa, la communauté de l’Arche, celle de Sand Egidio, le Service jésuite des réfugiés et les diverses communautés de base. Entourés par ces témoignages, comment nous, Oblats, allons-nous dire aux pauvres l’amour de Dieu, ce qui est au cœur de notre charisme? Evangelizare pauperibus misit me …

Soyons honnêtes et reconnaissons que, dans le domaine de la justice, de la paix et de l’intégrité de la création, nous avons encore à trouver un terrain d’entente. Ce que nous pouvons déjà percevoir c’est que, à l’intérieur de nos communautés, nos provinces ou nos délégations, nous avons nos propres prophètes sociaux. Il y a des Oblats qui travaillent auprès des minorités et des peuples autochtones. D’autres prennent soin des enfants et des adultes de la rue. Plusieurs travaillent de façons diverses auprès des pauvres des campagnes comme des villes. Il y en a qui sont des artisans de paix, en particulier dans les endroits marqués par la violence ethnique et religieuse. Certains, enfin, se sont lancés dans la réalisation des projets d’agriculture et d’écologie de subsistance. Nombre d’Oblats «partagent [avec les pauvres] leur vie et leur engagement pour la justice» (R 9a). Certains ont décidé, à travers des groupes de pression et de défense de causes, «de se rendre présents là où se prennent les décisions qui affectent l’avenir du monde des pauvres» (ibidem). Le dernier Chapitre a parlé assez longuement de cette présence dans les organismes où se prennent les décisions affectant les pauvres comme d’une facette de «notre évangélisation des pauvres à l’aube du troisième millénaire».

Nous savons aussi que, pour nous Oblats, il est d’une importance cruciale de répondre aux exigences sociales de l’évangile (voir le Vade-mecum oblat sur la justice, la paix et l’intégrité de la création). Permettez-moi d’en mentionner quatre: ce ministère doit être fondé sur le Christ, être exercé en lien étroit avec les gens; être celui de notre communauté religieuse et accompli en collaboration avec tous les baptisés et les gens de bonne volonté.

L’amour du Christ pour les pauvres et les abandonnés, n’est-il pas ce qui meut notre Congrégation? Nombre de nos vocations ne viennent-elles pas à nous à cause de notre charisme d’évangéliser les pauvres? Aujourd’hui, nous devons nous demander si les Oblats sont partout où sont les pauvres et les plus abandonnés. Sommes-nous bien reconnus pour notre engagement envers les pauvres. Ou mieux encore, nous pouvons nous demander si les pauvres nous reconnaissent comme leurs amis.

Le ministère de justice, paix et intégrité de la création s’est essoufflé ces dernières années. L’Administration générale possède maintenant un nouveau service qui dispose d’une bonne équipe en place. Cela nous donne la possibilité de découvrir de nouvelles ouvertures si nous travaillons ensemble.

Le but particulier de cette lettre est de vous demander de coopérer avec le nouveau directeur de notre service et son équipe. Vous pourriez faire un pas de plus si vous désigniez une personne qui servirait de lien avec ce service dans votre province, délégation ou mission. Nous ne pouvons pas nous permettre d’être timides dans notre tâche d’apporter la Bonne Nouvelle aux pauvres; il faut mettre tout en œuvre. Il n’y a pas de temps à perdre; les pauvres ne peuvent pas continuer d’attendre et le Christ nous a déjà envoyés vers eux.

Wilhelm Steckling, o.m.i.
Supérieur général

I n f o r m a t i o n O M I
no 426 novembre 2003

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