« Accueillir Dieu dans son Eglise et en ses ministres »

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13 ème DIMANCHE : TEMPS ORDINAIRE : ANNEE « A » : 26/06/2005

Première messe  : P. Raymond NANI, omi, à Salak

HOMELIE (George)

    • 2 Roi 4 : 8-16

Ce qui frappe d’emblée dans ce texte c’est la mise en évidence de la perspicacité de la dame riche de Sunam : « Ecoute ! Je sais que celui qui s’arrête toujours chez nous est un saint homme de Dieu ». Sans qu’on lui dise quoi que ce soit elle a reconnu en le prophète Elisée l’homme de Dieu, un saint homme. Elle l’invitera, avec insistance, à manger chez elle.

Hier nous avons reconnu et accepté ce que notre frère et fils Raymond représente désormais pour nous : un prêtre de Dieu. La question qui doit être posée est celle-ci : Cette reconnaissance ira-t-elle jusqu’où est allé celle de la femme riche de Sunam ?

    • Accueillir sans attendre des récompenses ;
    • Donner ce qui est nécessaire au ministère qu’accomplit l’homme de Dieu;

Encore hier l’évêque disait aux nouveaux prêtres qu’ils témoigneraient plus par leur vie que par de belles homélies. Oui c’est vrai ? Mais le prêtre que nous aurons, ce sera celui que nous aurons fabriqué nous-mêmes ! L’évêque ne leur avait pas confié l’argent ou quelques autres biens à distribuer, sinon le pouvoir de sanctifier, de conduire et d’enseigner le peuple de Dieu. L’évêque leur a donné le calice et le pain à consacrer ; il leur a oint les mains pour ce service. Il leur a conféré le pouvoir attaché à ce ministère. Chacun de nous est appelé à contribuer pour façonner le type, le modèle de prêtre dont nous avons besoin, dont l’Eglise a besoin.

Pour y parvenir, il ne faut pas de superflu, des choses extraordinaires. Ce sont des simples choses de chaque jour qui vont oeuvrer à cette construction avec Dieu dans son Eglise. A l’exemple de la femme de Sunam, il ne faut pas tant de chose pour témoigner de l’amour de Dieu : lit, table, lampe, siège …Je ne vous demande pas de donner au P. Raymond ces choses énumérées ici, non. Mais vous savez ce dont il a besoin aujourd’hui pour être à la hauteur des exigences de l’appel que Dieu lui lance parmi nous. (C’est comme qui dirait : Bonjour mon père ; du courage mon père ; nous prions pour vous et pour votre mission ; prenez ceci ou cela pour l’œuvre de Dieu…).

N’oublions pas que là où Dieu a élu domicile et est adoré vraiment, il y demeure. « Là où vous serez accueillis, restez-y » (Mt 6 : 10). Nos maisons doivent être les lieux où Dieu est accueilli en ses prêtres et en ses ministres. Elles ne doivent pas être les lieux où sont comploté et concocté la chute de l’Eglise et de ses ministres ! Nous avons ce devoir et cette responsabilité de mettre à la disposition de nos prêtres ce dont ils ont besoin pour accomplir convenablement leur mission et l’appel que Dieu leur adresse ; on ne demande pas plus !

Quelle que soit notre pauvreté, nous avons toujours quelque chose à apporter, ne serait-ce qu’un sourire accueillant, un bonjour encourageant, un témoignage qui fait progresser la parole de Dieu… et j’en passe !

Nous devons nous rappeler que le prophète Elisée vaquait tout simplement à ses affaires de prophète (« …il passait à Sunam… »). Il n’avait rien demandé. Mais la femme qui certainement craignait Dieu, a pris l’initiative de faire ce qui doit être fait. N’attendons pas qu’on nous demande de faire ce que nous sommes censés faire ; « l’ouvrier mérite son salaire » (Mt 10 :10).

L’Eglise est aujourd’hui entre nos mains ; nos prêtres, ce sont nos enfants et nos fils. Il en est de même avec les sœurs. Qu’ils vivent et travaillent bien au milieu de nous, cela dépend beaucoup de nous, de notre attitude, de notre bonne volonté. Il faut changer ce à quoi nous avons été habitués qui nous empêche de nous engager de plein pied dans l’Eglise et affronter la réalité de notre foi aujourd’hui à Salak et au Cameroun, même en Afrique. Chacun peut beaucoup faire, le riche comme le moins nanti.

    • Mt 10 : 37-42

Ce n’est pas pour rien que l’évangile d’aujourd’hui nous appelle à nous perdre pour le plus grand bien : le Royaume de Dieu. Se dépenser pour Dieu, pour son Eglise, pour les oeuvres pieuses… Voilà ce qui importe ! Que rien ne l’emporte sur le choix que nous avons à faire sur Dieu. « Je mets devant vous aujourd’hui, la vie et la mort ; choisissez donc la vie et vous vivrez »(Deut). « Heureux l’homme qui craint Dieu…il est comme un arbre planté au bord d’un fleuve… » (Ps 1).

Donner sa vie, P. Raymond l’a fait et il le fera toute sa vie. Qu’est-ce qui empêche ce jeune homme à être comme tout le monde, avec ses propres enfants ; il est aussi complet que d’autres hommes ! Sacrifier ce qui nous est le plus cher, notre fils, les parents de Raymond l’ont assumé. Ces actes de foi et d’amour pour Dieu et pour l’Eglise ne resteront pas sans récompense ici sur terre et là-haut dans le ciel, mais avec beaucoup de souffrances.

Il y a là un appel, une invitation à la suite du Christ : vocation. Encourageons nos enfants à se donner au service de Dieu. Si nous savons donner à Dieu la place qu’il faut, qui lui revient dans notre vie, les autres choses auront leurs vraies valeurs. Et l’une des meilleures manières de préférer Dieu aux autres réalités qui nous séduisent aujourd’hui, c’est de soutenir spirituellement, moralement et matériellement les ministres de Dieu. « Celui qui vous accueille, m’accueille » ; «  celui qui donnera à boire, même un simple verre d’eau fraîche, à l’un de ces petits en sa qualité de disciple, amen, je vous le dis, il ne perdra pas sa récompense », nous dit l’Evangile d’aujourd’hui.

Si vous contemplez P. Raymond en tant que fils de tel ou tel que vous connaissez bien, vous vous trempez énormément ; vous êtes à côté de l’objectif que Dieu veut fixer pour vous dans son Eglise. Voyez-le plutôt à la lumière du service, de la charge, de l’appel que Dieu lui a adressé et auquel il a répondu : un ministre de Dieu et de son Eglise que vous êtes ! Un ministre des valeurs qui dépassent sa propre fidélité et dignité. «  Personne ne s’arroge à soi-même cet honneur, on y est appelé par Dieu absolument comme Aaron » (Héb 4 :5). C’est un mystère qui nous traverse, dépasse et inonde. Le seul service qui engage tous les chrétiens et même les non chrétiens : comment se fait-il que tout le monde s’assemble, y compris les musulmans, pour accueillir ce jeune homme ? Pourquoi pas pour un architecte ou pour un médecin à la sortie de sa formation ? C’est que Dieu triomphe toujours sur nous, sur notre vie, en dépit de ce que nous pensons faire et être devant les autres.

    • Rm 6 : 3-11

Cela dit, Paul, à juste titre nous rappelle que notre vie actuelle est une vie de ressuscités car nous avons été ensevelis avec le Christ par notre baptême dans sa mort et donc ressuscités avec lui. Nous sommes donc invités à une vie nouvelle, celle du Christ. « Si donc quelqu’un est dans le Christ, c’est une création nouvelle : l’être ancien a disparu, un être nouveau est là » (2Cor 5 :17). « Du moment donc que vous êtes ressuscités avec le Christ, recherchez les choses d’en haut, là où se trouve le Christ, assis à la droite de Dieu. Songez aux choses d’en haut, non à celles de la terre… » (Col 3 : 1-2).

Nous sommes réunis à cause de notre foi, de notre amour pour Dieu et pour ses ministres, de notre affection et zèle pour l’œuvre de Dieu qui se manifeste autour de nous ; répondons donc à la mesure de notre joie et de notre reconnaissance. Laissons-nous guider par l’esprit de Dieu qui nous habite et veut nous conduire.

Cette grâce que Dieu accorde à ce pays, à vous les hommes et les femmes de Salak, à vous les Guiziga, à vous l’Eglise de Dieu ici aujourd’hui, ne la laissez pas s’effriter. Faites-la fructifier en action de grâce et en engagement envers l’Eglise pour la gloire de Dieu et le salut du monde. Amen !

P. Georges IHEANACHO, omi

Théologat omi

Maroua

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